Жорж Санд – Письма Шопена и Жорж Санд: метод параллельного погружения (страница 6)
[Nohant, juin 1838].
Jamais il ne peut m’arriver de douter de la loyauté de vos conseils, cher ami ; qu’une pareille crainte ne vous vienne jamais. Je crois à votre évangile sans bien le connaître et sans l’examiner, parce que du moment qu’il a un adepte comme vous, il doit être le plus sublime de tous les évangiles. Soyez béni pour vos avis et soyez en paix pour mes pensées. Posons nettement la question une dernière fois, parce que de votre dernière réponse sur ce sujet dépendra toute ma conduite à venir, et puisqu’il fallait en arriver là, je suis fâchée de ne pas avoir surmonté la répugnance que j’éprouvais à vous interroger à Paris. Il me semblait que ce que j’allais apprendre pâlirait mon poème. Et, en effet, le voilà qui a rembruni, ou plutôt qui pâlit beaucoup. Mais qu’importe ! Votre évangile est le mien quand il prescrit de songer à soi en dernier lieu, et de n’y pas songer du tout quand le bonheur de ceux que nous aimons réclame toutes nos puissances. Écoutez-moi bien et répondez clairement, catégoriquement, nettement.
Cette personne qu’il veut, ou croit devoir aimer, est-elle propre à faire son bonheur, ou bien doit-elle augmenter ses souffrances et ses tristesses? (Подходит ли та, кого он хочет или считает своим долгом любить, для его счастья, или она должна лишь усилить его страдания и печали?; propre à – способна на, пригодна для.) Je ne demande pas s’il l’aime, s’il en est aimé, si c’est plus ou moins que moi. (Я не спрашиваю, любит ли он её, любим ли он ею, и больше ли или меньше, чем меня.) Je sais à peu près, par ce qui se passe en moi, ce qui doit se passer en lui. (Я примерно знаю, судя по тому, что происходит во мне, что должно происходить в нём.) Je demande à savoir laquelle de nous deux il faut qu’il oublie ou abandonne pour son repos, pour son bonheur, pour sa vie enfin, qui me paraît trop chancelante et trop frêle pour résister à de grandes douleurs. (Я хочу знать, кого из нас двух ему нужно забыть или оставить ради покоя, ради счастья, ради жизни, которая кажется мне слишком шаткой и хрупкой, чтобы вынести сильные страдания; chancelante – шаткая; frêle – хрупкая; douleurs – страдания.) Je ne veux pas faire le rôle de mauvais ange. Je ne suis pas le Bertram de Meyerbeer et je ne lutterai point contre l’amie d’enfance si c’est une belle et pure Alice. (Я не хочу играть роль злого ангела. Я не Бертрам из
Cette personne qu’il veut, ou croit devoir aimer, est-elle propre à faire son bonheur, ou bien doit-elle augmenter ses souffrances et ses tristesses ? Je ne demande pas s’il l’aime, s’il en est aimé, si c’est plus ou moins que moi. Je sais à peu près, par ce qui se passe en moi, ce qui doit se passer en lui. Je demande à savoir laquelle de nous deux il faut qu’il oublie ou abandonne pour son repos, pour son bonheur, pour sa vie enfin, qui me paraît trop chancelante et trop frêle pour résister à de grandes douleurs. Je ne veux pas faire le rôle de mauvais ange. Je ne suis pas le Bertram de Meyerbeer et je ne lutterai point contre l’amie d’enfance si c’est une belle et pure Alice; si j’avais su qu’il y eût un lien dans la vie de notre enfant, un sentiment dans son âme, je ne me serais jamais penchée pour respirer un parfum réservé à un autre autel. De même, lui sans doute se fût éloigné de mon premier baiser s’il eût su que j’étais comme mariée.
Nous ne nous sommes point trompés l’un l’autre, nous nous sommes livrés au vent qui passait et qui nous a emportés tous deux dans une autre région pour quelques instants. (Мы не обманули друг друга, мы отдались ветру, что пронёсся мимо, и унес нас обоих в другой мир – пусть и на несколько мгновений; nous nous sommes livrés – отдались, предались; le vent qui passait – проходящий ветер; emportés – унес.) Mais il n’en faut pas moins que nous redescendions ici-bas, après cet embrassement céleste et ce voyage à travers l’Empyrée. (Но, несмотря ни на что, нам нужно снова вернуться на землю после этого небесного объятия и странствия сквозь Эмпирей; redescendions ici-bas – вернулись сюда, вниз, на землю; embrassement céleste – небесное объятие; l’Empyrée – Эмпирей, высшее небо в средневековой космологии.) Pauvres oiseaux, nous avons des ailes, mais notre nid est sur la terre et quand le chant des anges nous appelle en haut, le cri de notre famille nous ramène en bas. (Бедные птицы, у нас есть крылья, но гнездо наше на земле, и когда пение ангелов зовёт нас наверх, крик нашей семьи возвращает нас вниз; nid – гнездо; cri de notre famille – голос, зов семьи.) Moi, je ne veux point m’abandonner à la passion, bien qu’il y ait au fond de mon cœur un foyer encore bien menaçant parfois. (Я не хочу предаваться страсти, хотя в глубине моего сердца всё ещё тлеет очаг, порой угрожающий вспыхнуть; s’abandonner à – отдаваться; foyer menaçant – угрожающий очаг.) Mes enfants me donneront la force de briser tout ce qui m’éloignerait d’eux ou de la manière d’être qui est la meilleure pour leur éducation, leur santé, leur bien être, etc. (Мои дети дадут мне силу разрушить всё, что могло бы отдалить меня от них или от образа жизни, который лучше всего подходит для их воспитания, здоровья, благополучия и прочего; briser – разрушить, разорвать; manière d’être – образ жизни, способ существования.)
Nous ne nous sommes point trompés l’un l’autre, nous nous sommes livrés au vent qui passait et qui nous a emportés tous deux dans une autre région pour quelques instants. Mais il n’en faut pas moins que nous redescendions ici-bas, après cet embrassement céleste et ce voyage à travers l’Empyrée. Pauvres oiseaux, nous avons des ailes, mais notre nid est sur la terre et quand le chant des anges nous appelle en haut, le cri de notre famille nous ramène en bas. Moi, je ne veux point m’abandonner à la passion, bien qu’il y ait au fond de mon cœur un foyer encore bien menaçant parfois. Mes enfants me donneront la force de briser tout ce qui m’éloignerait d’eux ou de la manière d’être qui est la meilleure pour leur éducation, leur santé, leur bien être, etc.
Ainsi je ne puis pas me fixer à Paris à cause de la maladie de Maurice, etc…, etc… (Поэтому я не могу обосноваться в Париже из-за болезни Мориса и так далее, и так далее; se fixer à – поселиться, закрепиться.) Puis il y a un être excellent, parfait sous le rapport du cœur et de l’honneur, que je ne quitterai jamais parce que c’est le seul homme qui, étant avec moi depuis près d’un an, ne m’ait pas une seule fois, une seule minute, fait souffrir par sa faute. (Кроме того, есть один замечательный человек, безупречный в сердце и чести, которого я никогда не покину, потому что он – единственный мужчина, кто, будучи со мной почти год, не причинил мне ни разу, ни на минуту, боли своей виной; sous le rapport de – в отношении, с точки зрения.) C’est aussi le seul homme qui se soit donné entièrement et absolument à moi, sans regret pour le passé, sans réserve pour l’avenir. (Он также – единственный, кто отдался мне полностью и без остатка, без сожаления о прошлом, без оговорок на будущее.) Puis, c’est une si bonne et si sage nature, que je ne puisse l’amener avec le temps à tout comprendre, à tout savoir ; c’est une cire malléable sur laquelle j’ai posé mon sceau… (А ещё – это настолько добрая и разумная натура, что со временем я смогу привести его к пониманию всего, ко всему знанию; он – мягкий воск, на который я поставила свою печать; cire malléable – мягкий воск; poser son sceau – поставить печать.) …et quand je voudrai en changer l’empreinte, avec quelque précaution et quelque patience j’y réussirai. (и когда я захочу изменить отпечаток, с осторожностью и терпением я этого добьюсь; empreinte – отпечаток.) Mais aujourd’hui cela ne se pourrait pas, et son bonheur m’est sacré. (Но сегодня это невозможно, и его счастье свято для меня; m’est sacré – для меня свято, неприкосновенно.)
Ainsi je ne puis pas me fixer à Paris à cause de la maladie de Maurice, etc…, etc… Puis il y a un être excellent, parfait sous le rapport du cœur et de l’honneur, que je ne quitterai jamais parce que c’est le seul homme qui, étant avec moi depuis près d’un an, ne m’ait pas une seule fois, une seule minute, fait souffrir par sa faute. C’est aussi le seul homme qui se soit donné entièrement et absolument à moi, sans regret pour le passé, sans réserve pour l’avenir. Puis, c’est une si bonne et si sage nature, que je ne puisse l’amener avec le temps à tout comprendre, à tout savoir; c’est une cire malléable sur laquelle j’ai posé mon sceau et quand je voudrai en changer l’empreinte, avec quelque précaution et quelque patience j’y réussirai. Mais aujourd’hui cela ne se pourrait pas, et son bonheur m’est sacré.