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Гастон Леру – Призрак оперы. Уровень 1 / Le Fantome de l`Opera (страница 6)

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Pendant le temps qu'il marche son cœur bat très fort. La première personne qu'il aperçoit en entrant dans la vieille salle enfumée de l'auberge est la maman Tricard. Elle le reconnaît. Elle lui fait des compliments. Elle lui demande ce qui l'amène. Il rougit. La porte s'ouvre. Il est debout. Il ne s'est pas trompé: c'est elle! Il veut parler, il retombe. Elle reste devant lui souriante, nullement étonnée. Sa figure est fraîche et rose comme une fraise venue à l'ombre. Raoul et Christine se regardent longuement. Enfin Christine parle:

«Vous êtes venu et cela ne m'étonne point. On m'avait annoncé votre arrivée.

– Qui donc?» demande Raoul, en prenant dans ses mains la petite main de Christine.

«Mais, mon pauvre papa qui est mort.»

Il y a eu un silence entre les deux jeunes gens[131].

Puis, Raoul reprend:

«Est-ce que votre papa vous a dit que je vous aimais, Christine, et que je ne puis vivre sans vous?»

Christine rougit. Elle dit, la voix tremblante:

«Moi? Vous êtes fou, mon ami.

– Ne riez pas, Christine, c'est très sérieux.

– J'ai vous fait venir ici. J'ai pensé que vous allez vous souvenir des jeux de notre enfance. Au fond, j'ai peut-être eu tort de vous écrire… Votre apparition l'autre soir dans ma loge, m'avait reporté loin dans le passé, et je vous ai écrit comme une petite fille que j'étais alors, qui serait heureuse de revoir, dans un moment de tristesse et de solitude, son petit camarade à côté d'elle… Je vous avais déjà aperçu plusieurs fois dans la loge de votre frère. Et puis aussi sur le plateau.

– Pourquoi avez-vous répondu comme si vous ne me connaissiez point? Il y avait quelqu'un dans cette loge qui vous gênait, Christine! quelqu'un à qui vous ne vouliez point montrer que vous pouviez vous intéresser à une autre personne qu'à lui!..

– Que dites-vous, monsieur?

– Je parle de quelqu'un à qui vous avez dit: «Je ne chante que pour vous! Je vous ai donné mon âme ce soir, et je suis morte!»

– Vous écoutiez donc derrière la porte?

– Oui! parce que je vous aime… Et j'ai tout entendu…

– Vous avez entendu quoi?» Et la jeune fille, redevenue étrangement calme, laisse le bras de Raoul.

«Il vous a dit: Il faut m'aimer!»

À ces mots Christine devient pâle, elle a l'air qu'elle va tomber[132].

«Dites! dites encore! dites tout ce que vous avez entendu!»

Elle a commencé à pleurer et est sortie de la salle.

Triste et découragé Raoul est allé à la cimetière qui entourait l'église où Christine avait dit une messe pour le repos de l'âme[133] du père Daaé. Il a prié pour Daaé et est allé vers la mer. C'était le soir, mais il ne sentait pas le froid. C'était là, à cette place, qu'il était venu souvent, à la tombée du jour, avec la petite Christine.

Raoul a remarqué un ombre. C'était elle. Christine voulait parler.

«Écoutez-moi, Raoul, j'ai décidé à vous dire quelque chose de grave, de très grave!»

Sa voix tremblait.

«Vous rappelez-vous, Raoul, la légende de l'Ange de la musique? Mon père est au ciel et, comme il avait promis, j'ai reçu la visite de l'Ange de la musique.

– Je n'en doute pas», a répliqué le jeune homme gravement. Il pensait que son amie mêlait le souvenir de son père à l'éclat de son dernier triomphe.

«Il vient dans ma loge et me donne ses leçons quotidiennes.»

«Dans votre loge? a répété Raoul comme un écho stupide.

– Oui, c'est là que je l'ai entendu et je n'ai pas été seule à l'entendre…

– Qui donc l'a entendu encore, Christine?

– Vous, mon ami.

– Moi? j'ai entendu l'Ange de la musique?

– Oui, l'autre soir, c'est lui qui parlait quand vous écoutiez derrière la porte de ma loge. C'est lui qui m'a dit: «Il faut m'aimer.» Mais je croyais bien être la seule à percevoir sa voix.[134]»

Raoul a commencé à rire.

«Pourquoi riez-vous? Je ne vous reconnais plus. Mais que croyez-vous donc? Si vous aviez ouvert la porte, vous auriez vu qu'il n'y avait personne![135]

– C'est vrai! Quand vous avez été partie, j'ai ouvert cette porte et je n'ai trouvé personne dans la loge…

– Vous voyez bien… alors?»

Le vicomte a fait appel à tout son courage[136].

«Alors, Christine, je pense qu'on se moque de vous!»

«Laissez-moi! laissez-moi!» a crié-elle et elle a disparu.

Raoul est revenu à l'auberge très découragé et très triste.

On lui a dit que Christine est chez elle, et elle n'allait pas descendre pour dîner. Après le repas Raoul a essayé de lire, puis, il a essayé de dormir. Que faisait Christine? Dormait-elle? Et si elle ne dormait point, à quoi pensait-elle? Et lui, à quoi pensait-il?

Ainsi les heures passaient très lentes; il pouvait être onze heures et demie de la nuit quand il a entendu les pas dans la chambre voisine de la sienne. C'était un pas léger, furtif. Le jeune homme s'est habillé très vite sans faire le moindre bruit[137]. Où allait Christine à cette heure? Il a ouvert un peu la porte et il a vu la forme blanche de Christine qui glissait dans le corridor et puis elle est sortie de la maison. Raoul est revenu vers la fenêtre.

M. le commissaire Mifroid quelques semaines plus tard, quand le drame de l'Opéra s'est développé, a interrogé le vicomte de Chagny sur les événements de la nuit de Perros, et voici quelques transcriptions du dossier d'enquête.

Demande. – Mlle Daaé ne vous avait pas vu descendre de votre chambre par le singulier chemin que vous aviez choisi?

Réponse. – Non, monsieur, non, non. Elle ne semblait point m'entendre et, de fait, elle agissait comme si je n'avais pas été là. Elle a quitté tranquillement le quai et puis, tout à coup, est remontée rapidement le chemin. L'horloge de l'église venait de sonner minuit moins un quart. Ainsi elle est arrivée à la porte du cimetière.

D. – La porte du cimetière était-elle ouverte?

R. – Oui, monsieur, et cela m'a surpris, mais n'a nullement étonner Mlle Daaé.

D. – Il n'y avait personne dans le cimetière?

R. – Je n'ai personne vu. La nuit était claire.

D. – On ne pouvait pas se cacher derrière les tombes?

R. – Non, monsieur. C'était très beau, très transparent et très froid. Je n'étais jamais allé la nuit dans les cimetières.

D. – Vous êtes superstitieux?

R. – Non, monsieur, je suis croyant.

D. – Dans quel état d'esprit étiez-vous?[138]

R. – Très sain et très tranquille. J'étais simplement étonné qu'elle ne m'a pas encore entendu marcher derrière elle, car la neige craquait sous mes pas. Mais sans doute elle était tout absorbée par sa pensée. J'ai décidé de ne la point troubler et, quand elle est arrivée à la tombe de son père, je suis resté à quelques pas derrière elle. Elle a commencé de prier. À ce moment, minuit est sonné. Après le douzième coup 'ai vu la jeune fille relever la tête; elle m'a paru en extase et elle a regardé à quelqu'un invisible, l'invisible qui nous jouait de la musique. Et quelle musique! Nous la connaissions déjà! Christine et moi l'avions déjà entendue en notre jeunesse. Mais jamais sur le violon du père Daaé. Je me suis rappelé ce que Christine venait de me dire de l'Ange de la musique. Oh! je me rappelais l'admirable mélodie. C'était la Résurrection de Lazare[139], que le père Daaé nous jouait dans ses heures de tristesse et de foi. Daaé avait été enterré avec son violon et, en vérité, mon imagination ne pouvait pas s'arrêter. Mais la musique s'était fini et j'ai retrouvé mes sens. Il m'a semblé entendre du bruit du côté de la tombe.

D. – Ah! ah! vous avez entendu du bruit du côté de la tombe?

R. – Oui, il m'a paru que les têtes de morts ricanaient maintenant et je n'ai pu m'empêcher de frissonner.

D. – Vous n'avez point pensé tout de suite que derrière la tombe pouvait se cacher justement le musicien céleste qui venait de tant vous charmer?

R. – Je ne bougeais point, les yeux fixés vers la tombe, j'ai oublié de suivre Mlle Daaé qui est sortie du cimetière. Une tête de mort a roulé à mes pieds… puis une autre… puis une autre… J'ai vu un ombre qui a pénétré dans l'église. L'ombre avait un manteau. J'ai vu, monsieur le juge, comme je vous vois, une effroyable tête de mort qui regardait sur moi avec un regard où brûlaient les feux de l'enfer. J'ai pensé avoir affaire à Satan lui-même[140] et je n'ai plus souvenir de rien jusqu'au moment où je me suis réveillé dans ma petite chambre de l'auberge du Soleil-Couchant.

VII

Une visite à la loge n° 5

MM. Firmin Richard et Armand Moncharmin ont décidé à aller faire une petite visite à la première loge n° 5.

Ils ont laissé derrière eux le grand escalier menant à la scène et sont entrés dans le théâtre par l'entrée des abonnés[141]. Ils se sont glissés entre les premiers rangs des fauteuils d'orchestre pour observer la loge n° 5, plongée dans une demi-obscurité. À ce moment, ils étaient presque seuls dans le théâtre silencieux. La scène était à moitié décorée, avec une lumière blafarde éclairant une vieille tour en carton. Les fauteuils recouverts de toile ressemblaient à une mer en furie immobilisée[142]. Ils avançaient vers les loges de gauche. Des figures mythologiques semblaient se moquer de leur inquiétude. M. Moncharmin a vu une forme dans la loge n° 5, tout comme M. Richard. Ils ont attendu, immobiles, mais la forme avait disparu. Ils gardaient le silence. Puis, ils ont attendu quelques minutes ainsi, sans bouger, les yeux toujours fixés sur le même point: mais la forme avait disparu. Alors, ils sont sortis et, dans le couloir, ils ont échangé leurs impressions. L'un a vu une tête de mort qui était posée sur le rebord de la loge, tandis que l'autre a aperçu une forme de vieille femme qui ressemblait à la mère Giry.