Гастон Леру – Призрак оперы. Уровень 1 / Le Fantome de l`Opera (страница 7)
Mais quand ils sont entré dans la première loge n°5, il n'y ont trouvé aucune forme. C'était une loge comme toutes les autres premières loges. En vérité, il n'y avait rien de magique. En somme, la loge était la plus ordinaire des loges, avec sa tapisserie rouge, ses fauteuils, sa carpette et son appui-main en velours rouge…
«Tous ces gens-là se moquent de nous, a fait une conclusion Firmin Richard; samedi, on joue Faust, nous allons assister à la représentation tous les deux dans la première loge n° 5!»
VIII
Où MM. Firmin Richard et Armand Moncharmin ont l'audace de faire représenter «Faust» dans une salle «maudite» et de l'effroyable événement qui en résulta
Mais le samedi matin, en arrivant dans leur bureau, les directeurs ont trouvé une double lettre de F. de l'O.:
«Mes chers directeurs,
C'est donc la guerre?
Si vous tenez encore à la paix, voici mon ultimatum.
Il est aux quatre conditions suivantes:
1° Me rendre ma loge
2° Le rôle de «Marguerite» sera chanté ce soir par Christine Daaé. Ne vous occupez pas de la Carlotta qui sera malade;[143]
3° Retournez Mme Giry, mon ouvreuse.
4° Acceptez les conditions de mon cahier des charges.
Sinon, vous donnerez Faust, ce soir, dans une salle maudite.
À bon entendeur, salut!
F. DE L'O.»
Quand ils ont fini à lire, l'administrateur est entré est a annoncé que monsieur Lachenal, l'écuyer en chef[144], voulait voir les directeurs.
«Il y a une écurie à l'Opéra!? Je n'en savait rien! s'est exclamé Richard.
– C'est un service très important, nous avons douze chevaux.
– Faites-le entrer! a ordonné Richard.
M. Lachenal est entré.
«Bonjour, monsieur Lachenal, a dit Richard impressionné. Qu'est-ce qui nous vaut l'honneur de votre visite?[145]
– Monsieur le directeur, je viens vous demander de mettre toute l'écurie à la porte.[146]
– Comment! vous voulez mettre à la porte nos chevaux?
– Il ne s'agit pas des chevaux, mais des palefreniers[147].
– Combien avez-vous de palefreniers, monsieur Lachenal?
– Six!
– Six palefreniers! C'est au moins trop de deux! Nous n'avons pas besoin de plus de quatre palefreniers pour douze chevaux.
– Onze! a répondu M. l'écuyer en chef.
– Douze! a répété Richard.
– Onze! a répète Lachenal. J'en avais douze, mais je n'en ai plus que onze depuis que l'on nous a volé César!»
– On nous a volé César, s'est écrié M. l'administrateur; César, le cheval blanc du
– Personne n'en sait rien! Voilà pourquoi je viens vous demander de mettre toute l'écurie à la porte.
– Qu'est-ce qu'ils disent, vos palefreniers?
– Des bêtises… les uns accusent des figurants… les autres prétendent que c'est le concierge de l'administration.
– Mais enfin, monsieur le premier écuyer, s'est écrié Richard, vous devez avoir une idée!..
– Eh bien, oui, j'en ai une! J'en ai une! A déclaré tout à coup M. Lachenal, et je vais vous la dire. Pour moi, il n'y a pas de doute.» M. le premier écuyer s'est rapproché de MM. les directeurs et leur a glissé à l'oreille: «C'est
Richard a sursauté.
«Ah! Vous aussi! Vous aussi!
– Comment? moi aussi? C'est bien la chose la plus naturelle…
– Mais comment donc! monsieur Lachenal! mais comment donc, monsieur le premier écuyer… Qu'avez-vous vu, monsieur Lachenal?
– J'ai vu, comme je vous vois, une ombre noire qui montait un cheval blanc qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à César!
– Et vous n'avez pas couru après ce cheval blanc et cette ombre noire?
– J'ai couru et j'ai appelé, monsieur le directeur, mais ils se sont enfuis et ont disparu dans la nuit…»
M. Richard s'est levé:
«C'est bien, monsieur Lachenal. Vous pouvez vous retirer… Au revoir, monsieur!»
M. Lachenal a salué et il est sorti.
«Vous allez régler le compte de cet imbécile! a dit Richard à l'administrateur.
– C'est un ami de M. le commissaire du gouvernement! a osé Mercier…
– Nous allons nous mettre toute la presse à dos! Il racontera l'histoire du fantôme et tout le monde s'amusera à nos dépens! Si nous sommes ridicules, nous sommes morts!»
À ce moment la porte s'est ouverte, et Mame Giry est entrée, une lettre à la main, et a dit:
«Pardon, excuse, messieurs, mais j'ai reçu ce matin une lettre du fantôme de l'Opéra. Il me dit de passer chez vous, que vous avez censément quelque chose à me…»
Elle n'a pas achevé sa phrase. L'honorable directeur de l'Opéra était prêt à éclater. L'Opéra s'est rempli de ses cris indignés, de ses protestations farouches, de ses menaces de mort.
À peu près à la même heure, la Carlotta, qui habitait un petit hôtel de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, a sonné sa femme de chambre qui a apporté au lit son courrier. Dans ce courrier, elle a trouvé une lettre anonyme où on lui disait:
«Si vous chantez ce soir, craignez qu'il ne vous arrive un grand malheur au moment même où vous chanterez… un malheur pire que la mort[150].»
Cette menace était écrite à l'encre rouge, d'une écriture hésitante et bâtonnante.
La Carlotta n'avait plus d'appétit pour déjeuner. Elle s'est assie sur son lit et a réfléchi profondément. Ce n'était point la première lettre de ce genre qu'elle recevait, mais jamais encore elle n'en avait lu d'aussi menaçante.
La Carlotta se croyait victime de jalousie[151] et pensait avoir un ennemi secret qui voulait sa perte. En réalité, c'était elle-même qui menait une cabale contre Christine Daaé, jalouse de son succès. Lorsqu'elle a appris l'accueil triomphal réservé à Christine, la Carlotta s'est remise rapidement de sa bronchite et de sa bouderie[152], déterminée à ne pas quitter son emploi. Elle travaillait alors à étouffer la carrière de Christine, utilisant ses amis puissants pour empêcher Christine de briller à nouveau. Les journaux, autrefois élogieux envers Christine, ne parlaient plus que de la Carlotta.
La Carlotta n'avait ni cœur ni âme. Ce n'était qu'un instrument![153] Certes, un merveilleux instrument.
Son répertoire était vaste et elle n'avait jamais chanté faux. Cependant, elle n'avait pas la profondeur émotionnelle. La Carlotta avait commencé sa carrière dans des lieux peu recommandables à Barcelone et à Paris, chantant des couplets cyniques. Même si elle avait eu une âme, elle l'aurait perdue dans ces débuts.[154]
Quand la Carlotta a fini de réfléchir à la menace de la lettre étrange qu'elle venait de recevoir, elle s'est levée.
«On verra bien[155]», a-t-elle dit.
La première chose qu'elle a vu dans la fenêtre, était un corbillard. Le corbillard et la lettre la ont persuadée que ce soir-là, elle était dans le plus sérieux danger. Elle a réuni avec ses amis, leur a expliqué qu'elle était menacée par Christine Daaé. Elle leur a dit qu'il fallait venir la soutenir.
Le secrétaire particulier de M. Richard est venu prendre des nouvelles de la santé de la Carlotta. Il a reparti plus tard avec l'assurance qu'elle se portait bien et qu'elle chanterait le rôle de Marguerite ce soir-là, même si elle était à l'agonie. Le secrétaire lui avait recommandé de ne pas sortir et de se protéger des courants d'air. Cela a rappelé à Carlotta de ces menaces de la lettre anonyme.
À cinq heures, elle a reçu une nouvelle lettre anonyme disant:
«Vous êtes enrhumée; si vous étiez raisonnable, vous comprendriez que c'est folie de vouloir chanter ce soir[156].»