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Гастон Леру – Призрак оперы. Уровень 1 / Le Fantome de l`Opera (страница 4)

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Serviteur

F. de l'O.»

D'autre part[95], une lettre de MM. Debienne et Poligny:

«Messieurs,

Nous vous remercions de votre aimable attention, mais vous comprendrez facilement que la perspective de réentendre Faust, si douce soit-elle à d'anciens directeurs de l'Opéra, ne peut nous faire oublier que nous n'avons aucun droit à occuper la première loge n° 5, qui appartient exclusivement à celui dont nous vous avons parlé, en relisant avec vous, une dernière fois, le cahier des charges, – dernier alinéa de l'article 63.

Veuillez agréer[96], messieurs, etc.»

«Ah! mais, ils commencent à m'agacer, ces gens-là!» a déclaré violemment Firmin Richard.»

Ce soir-là, la première loge n° 5 était louée.

Le lendemain MM. Richard et Moncharmin ont trouvé un rapport d'inspecteur à propos les événements la veille au soir dans la première loge n° 5. Voici le passage essentiel du rapport, qui est bref:

«J'ai été dans la nécessité[97], écrivait l'inspecteur, d'appeler ce soir un garde municipal pour faire évacuer par deux fois, au commencement et au milieu du second acte, la première loge n° 5. Les occupants – ils sont arrivés au commencement du second acte et causaient un véritable scandale par leurs rires et leurs réflexions saugrenues. La salle commençait à protester quand l'ouvreuse est venue me trouver. Ces gens paraissaient fous et parlaient des choses stupides. J'ai leur a dit qu'ils devraient quitter la loge et je suis revenu avec un garde municipal qui les a fait sortir. Ils ont déclaré, toujours en riant, que je dois leur rendre leur argent. Enfin, ils se sont calmés, et je les ai laissés rentrer dans la loge; aussitôt les rires ont recommencé, et, cette fois, je les ai fait sortir définitivement.»

«Qu'on fasse venir l'inspecteur[98]», a crié Richard à son secrétaire.

L'inspecteur est entré, un peu inquiet.

«Racontez-nous ce qui s'est passé», a dit brusquement Richard.

L'inspecteur a répété tout ce qui était dans le rapport.

«Enfin! ces gens-là, pourquoi riaient-ils? a demandé Moncharmin.

– Monsieur le directeur, ils devaient avoir bien dîné et paraissaient plus préparés à faire des farces qu'à écouter de la bonne musique. Quand ils sont arrivés, ils ont dit à l'ouvreuse: «Regardez dans la loge, il n'y a personne, n'est-ce pas?.. – Non, a répondu l'ouvreuse. – Eh bien, ont-ils affirmé, quand nous sommes entrés, nous avons entendu une voix qui disait qu'il y avait quelqu'un.»

M. Moncharmin ne pouvait pas regarder M. Richard sans sourire, mais M. Richard, lui, ne souriait point.

«Enfin, quand ces gens-là sont arrivés, a demandé Richard, il n'y avait personne dans la loge?

– Personne, monsieur le directeur! personne! Ni dans la loge de droite, ni dans la loge de gauche, personne, je vous le jure[99]! et c'est ce qui prouve bien que tout cela n'est qu'une plaisanterie.[100]

– Et l'ouvreuse, qu'est-ce qu'elle a dit?

– Oh! pour l'ouvreuse, c'est bien simple, elle dit que c'est le fantôme de l'Opéra. Alors!»

La physionomie de M. Richard, de sombre qu'elle était, est devenue farouche.

«Allez me chercher l'ouvreuse! a-il commandé… Tout de suite! Mettez tout ce monde-là à la porte!»

L'inspecteur voulait protester, mais Richard lui a fermé la bouche: «Taisez-vous! Vous l'avez vu, vous, le fantôme de l'Opéra?»

Par un geste énergique de la tête, l'inspecteur a nié qu'il l'avait vu.

«Tant pis[101]! a déclaré froidement M. Richard. Parce que je vais faire régler leur compte à tous ceux qui ne l'ont pas vu![102] J'aime qu'on fasse son service, moi![103]»

V

Suite de «la loge n° 5»

Par les soins de M. Rémy[104], on a trouvé l'ouvreuse, qui était concierge rue de Provence, à deux pas[105] de l'Opéra.

«Comment vous appelez-vous?

– Mame Giry. Vous me connaissez bien, monsieur le directeur; c'est moi la mère de la petite Giry, la petite Meg, quoi!»

M. Richard a regardé Mame Giry. On voyait bien, à l'attitude de M. le directeur, qu'il ne connaissait nullement Mame Giry, ni même la petite Giry, ni même la petite Meg! Mais l'orgueil de Mame Giry était tel que cette ouvreuse s'imaginait être connue de tout le monde.

«Vous et M. l'inspecteur, hier soir vous avez appeler un garde municipal… s'est intéressé M. le directeur.

– J'voulais justement vous voir pour vous en parler, m'sieur le directeur. MM. Debienne et Poligny… Eux, non plus, ils ne voulaient pas m'écouter…

– Je ne vous demande pas tout ça. Je vous demande ce qui vous est arrivé hier soir!»

Mame Giry est devenue rouge d'indignation. On ne lui avait jamais parlé sur un ton pareil. Elle s'est levée comme pour partir, mais, elle s'est rassise et a dit d'une voix rogue:

«Il est arrivé qu'on a encore embêté le fantôme!»

Madame Giry entendait la voix dans une loge où il n'y avait personne. Elle ne pouvait s'expliquer ce phénomène. Ce fantôme, personne ne le voyait dans la loge, mais tout le monde pouvait l'entendre. Elle a dit qu'elle ne mentait jamais et on pouvait demander à MM. Debienne et Poligny et à tous ceux qui la connaissaient, et aussi à M. Isidore Saack, à qui le fantôme avait cassé la jambe!

«Le fantôme a cassé la jambe à ce pauvre Isidore Saack?» a interrompu Moncharmin.

Mame Giry tousse, assure sa voix… elle commence…

«Voilà, monsieur. Il y avait, ce soir-là, au premier rang, M. Maniera et sa dame et, derrière Mme Maniera, leur ami intime, M. Isidore Saack. Méphistophélès chantait, et alors M. Maniera entend dans son oreille droite (sa femme était à sa gauche) une voix. M. Maniera se retourne à droite, personne! Il se frotte l'oreille. Méphistophélès continue sa chanson (Mame Giry chantait pour recréer la situation) et aussitôt M. Maniera entend, toujours dans son oreille droite, la voix qui lui dit: «Ah! ah! Julie ne refuserait pas un baiser à Isidore[106]?» Là-dessus, il se retourne, mais, cette fois, du côté il y a Isidore qui a pris la main sa dame et qui la couvrait de baisers. Clic! Clac! M. Maniera, qui était grand et fort comme vous, monsieur Richard, a distribué une paire de gifles[107] à M. Isidore Saack, qui était mince et faible comme M. Moncharmin. C'était un scandale. Dans la salle, on criait: «Assez! Assez!.. Il va le tuer!..» Enfin, M. Isidore Saack a pu s'échapper…

– Le fantôme ne lui a donc pas cassé la jambe?» demande M. Moncharmin.

«Il la lui a cassée, mossieu, réplique Mame Giry. Il la lui a cassée dans la grande escalier, qu'il descendait trop vite, mossieu!

– C'est mossieu Maniera qui vous a raconté tout cela. Mais vous, vous avez déjà parlé au fantôme, ma brave dame?

– Comme je vous parle, mon brav' mossieu…

– Et quand il vous parle, le fantôme, qu'est-ce qu'il vous dit?

– Eh bien, il me dit de lui apporter un p'tit banc pour ça dame! Lui, il a une douce voix d'homme! Il arrive toujours vers le milieu du premier acte, il frappe trios fois à la porte de la loge n° 5. Cette fois, la voix était assise sur le premier fauteuil du premier rang à droite. La loge n°7 comme la loge n°3 à gauche n'étaient pas encore occupées.

– Et qu'est-ce que vous avez fait?

– J'ai apporté le petit banc. À la fin du spectacle, il me donne toujours une pièce de quarante sous, quelquefois cent sous, quelquefois même dix francs. Il les laisse sur la tablette de la loge. Je les trouve là avec le programme que je lui apporte toujours; des soirs je retrouve même des fleurs dans ma loge, une rose qui était tombée du corsage de sa dame. Seulement, maintenant, il ne me donne plus rien du tout…»

Cette fois, Richard a commencé à rire de compagnie avec Moncharmin et le secrétaire Rémy; mais, instruit par l'expérience[108], l'inspecteur ne riait plus.

«Vous devrez rendre compte du fantôme comme M. Poligny. Une fois M. Poligny voulait assister, tout seul, dans la loge du fantôme, à la représentation. Quand la chanteuse a commencé a chanter «Fuyons!» M. Poligny s'est levé tout droit, et est parti raide comme une statue. Il était plus pâle qu'un mort![109] Il marchait comme dans un mauvais rêve, et il ne souvenait pas son chemin.

– C'est bien, Mame Giry… Vous pouvez vous retirer.»

Quand M. l'inspecteur s'est retiré à son tour, MM. les directeurs ont averti M. l'administrateur qu'il fallait régler le compte[110]de M. l'inspecteur. Quand ils sont resté seuls, MM. les directeurs ont eu une même pensée, qu'il fallait faire un petit tour du côté de la loge n° 5[111].

Nous les y suivrons bientôt[112].

VI

Le violon enchanté

Christine Daaé ne chantait plus à l'Opéra après la fameuse soirée de gala. Elle a seulement participé une fois dans la soirée chez la duchesse de Zurich, où elle a chanté les plus beaux morceaux de son répertoire. Elle refusait toutes les invitation sans expliquer la raison.

Elle savait que le compte de Chagny, pour faire plaisir à son frère, parlait beaucoup d'elle avec les directeurs. Christine lui a écrit pour le remercier et pour prier de ne plus faire cela. Quelles pouvaient bien être alors les raisons d'une aussi étrange attitude? Les uns ont prétendu qu'il y avait là un incommensurable orgueil, d'autres ont crié à une divine modestie. «Je ne me reconnais plus quand je chante!» disait-elle.

La pauvre, la pure, la douce enfant! Elle ne se montrait nulle part, et le vicomte de Chagny a essayait en vain[113] de se trouver sur son chemin. Il lui a écris, pour lui demander la permission de se présenter chez elle, et il désespérait d'avoir une réponse, quand un matin, elle lui a répondu avec une lettre suivante: