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Гастон Леру – Призрак оперы. Уровень 1 / Le Fantome de l`Opera (страница 2)

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Tout le monde est allé vers le foyer de la danse[41], où il y avait déjà beaucoup de gens.

Le compte de Chagny a exclamé:

«Ah! Sorelli, quelle belle soirée! Et Christine Daaé: quel triomphe!

– Pas possible! protestait Meg Giry. Il y a six mois, elle chantait comme un clou!»

Tout le triomphe était pour Christine Daaé, qui chantait d'abord dans quelques passages de Roméo et Juliette. La salle, tout entière, saluait Christine. Elle semblait avoir rendu l'âme[42].

Le comte de Chagny avait assisté, debout dans sa loge, il a crié ses bravos éclatants[43].

On disait qu'elle venait d'aimer pour la première fois! L'amour seul est capable d'accomplir un pareil miracle[44], une telle transformation.

Le comte de Chagny (Philippe-Georges-Marie) avait alors exactement quarante et un ans. C'était un grand seigneur et un bel homme. D'une taille au-dessus de la moyenne, d'un visage agréable, malgré des yeux un peu froids. Il avait un cœur excellent et une honnête conscience. La fortune des Chagny était considérable. Ses deux sœurs et son frère Raoul ne voulaient point entendre parler de partage.

Quand le vieux comte était mort, Raoul avait douze ans. Philippe s'est occupé activement de l'éducation de l'enfant. Raoul est entré à Saint-Cyr[45], il était là dans les premiers numéros[46].

La timidité de ce marin, son innocence, était remarquable. À cette époque, il avait un peu plus de vingt et un ans et en paraissait dix-huit. Il avait une petite moustache blonde, de beaux yeux bleus et un teint de fille.

Philippe gâtait beaucoup Raoul. Il l'emmenait partout avec lui, il lui a fait même connaître le foyer de la danse. Cependant il restait célibataire.

Philippe, après avoir applaudi ce soir-là la Daaé, s'était tourné du côté de Raoul, et l'avait vu très pâle.

«Vous ne voyez donc point, avait dit Raoul, que cette femme se trouve mal?[47]»

En effet, sur la scène, on devait soutenir Christine Daaé.

«C'est toi qui vas défaillir… a dit le comte à Raoul. Qu'as-tu donc?»

Mais Raoul était déjà debout.

«Allons! a-t-il dit, la voix frémissante. – C'est la première fois qu'elle chante comme ça!»

Ils ont pénétré sur le plateau. Raoul n'avait jamais été moins timide. Il était uniquement préoccupé du désir de voir celle dont la voix magique lui avait arraché le cœur[48]. Oui, il sentait bien que son pauvre cœur tout neuf ne lui appartenait plus.

Il avait bien essayé de le défendre depuis le jour où Christine, qu'il avait connue toute petite, lui était réapparue. Il ne pouvait pas même penser à épouser une chanteuse!

Le comte Philippe avait peine à[49] le suivre.

La belle enfant n'avait pas encore repris connaissance[50], et on était allé chercher le docteur du théâtre, qui est arrivé très vite.

Le médecin et l'amoureux se sont trouvés dans le même moment aux côtés de Christine, qui recevait les premiers soins de l'un et a ouvert les yeux dans les bras de l'autre.

«Ne trouvez-vous point, docteur, que ces messieurs devraient «dégager» un peu la loge? a demandé Raoul. On ne peut plus respirer ici.

– Mais vous avez parfaitement raison», a dit le docteur, et il a mis tout le monde à la porte[51], à l'exception de Raoul et de la femme de chambre[52].

Le docteur s'est imaginé que si le jeune homme agissait ainsi, c'était évidemment parce qu'il en avait le droit[53].

Dans la loge, Christine Daaé a poussé un profond soupir et elle a tourné la tête vers Raoul. Elle a regardé le docteur auquel elle a sourit, puis sa femme de chambre, puis encore Raoul.

«Monsieur! a-t-elle demandé à ce dernier, d'une voix qui n'était encore qu'un souffle… qui êtes-vous?

– Mademoiselle, a répondu le jeune homme qui a mis un genou en terre et a baisé la main de la diva, mademoiselle, je suis le petit enfant qui est allé ramasser votre écharpe dans la mer.»

Christine regardait encore le docteur et la femme de chambre et tous trois se sont mis à rire[54]. Raoul s'est relevé très rouge.

«Je vous remercie, docteur!.. a dit tout à coup Christine. J'ai besoin de rester seule… Allez-vous-en tous![55] je vous en prie… laissez-moi… Je suis très nerveuse ce soir…»

Le médecin s'en est allé avec Raoul. Il a dit:

«Je ne la reconnais plus ce soir…»

Et ils sont sortis.

Raoul est resté seul. Il a attendu dans la solitude et le silence. Soudain la loge s'est ouvert et il a vu la femme de chambre qui s'en est allée toute seule, emportant des paquets. Il l'a arrêté au passage et lui a demandé des nouvelles de sa maîtresse. Elle lui a répondu en riant que celle-ci allait tout à fait bien. Une idée a traversé la cervelle de Raoul: Évidemment la Daaé voulait rester seule pour lui!.. Il s'est rapproché de sa loge et voulait frapper. Mais il s'est arrêté. Il a entendu, dans la loge, une voix d'homme:

«Christine, il faut m'aimer!»

Et la voix de Christine a répondu:

«Comment pouvez-vous me dire cela? Moi qui ne chante que pour vous![56]»

Raoul souffrait. Il a pris son cœur à deux mains pour le faire taire.

La voix d'homme a repris:

«Vous devez être bien fatiguée[57]?

– Oh! ce soir, je vous ai donné mon âme et je suis morte.

– Ton âme est bien belle, mon enfant, a repris la voix grave d'homme et je te remercie. Les anges ont pleuré ce soir.»

Après ces mots: les anges ont pleuré ce soir, le vicomte n'entendait plus rien. Il s'est rejeté dans son coin d'ombre, a décidé à attendre là. À sa grande stupéfaction[58] la porte s'est ouverte, et Christine Daaé est sortie seule. Elle a refermé la porte, mais Raoul a observé qu'elle n'a refermé point à clef. Il a ouvert la porte de la loge et l'a refermé derrière lui. Il se trouvait dans l'obscurité.

«Il y a quelqu'un ici! a dit Raoul. Pourquoi se cache-t-il?»

Raoul n'entendait que le bruit de sa propre respiration. Et il fait craquer une allumette[59]. La flamme a éclairé la loge. Il n'y avait personne dans la loge!

«Ah çà! a-t-il dit tout haut, est-ce que je deviens fou?»

Il est sorti. Il ne savait pas quoi faire, où aller. Il se trouvait au bas d'un étroit escalier. Derrière lui, un cortège d'ouvriers descendait avec un brancard couvert avec un linge blanc.

«Qu'est-ce que c'est que ça[60]?» a-t-il demandé.

L'ouvrier a répondu:

«Ça, c'est Joseph Buquet que l'on a trouvé pendu dans le troisième dessous.»

Il s'est effacé devant le cortège, a salué et est sorti.

III

Où, pour la première fois, MM. Debienne et Poligny donnent, en secret, aux nouveaux directeurs de l'opéra, MM. Armand Moncharmin et Firmin Richard, la véritable et mystérieuse raison de leur départ de l'académie nationale de musique

Pendant ce temps la cérémonie des adieux avait lieu[61].

J'ai dit que cette fête magnifique était donnée par MM. Debienne et Poligny à l'occasion de[62] leur départ de l'Opéra. Ils voulait mourir comme nous disons aujourd'hui: en beauté.

Tout le monde était au foyer de la danse.

À Paris, on est toujours au bal masqué et MM. Debienne souriaient déjà trop à la Sorelli, qui commençait son compliment quand une réclamation de cette petite folle de Jammes a brisé le sourire[63] de MM. les directeurs:

«Le fantôme de l'Opéra!»

Jammes avait jeté cette phrase sur un ton de terreur et son doigt désignait dans la foule des habits noirs un visage.

«Le fantôme de l'Opéra! Le fantôme de l'Opéra!»

Mais le fantôme de l'Opéra a disparu!

La Sorelli était furieuse: elle n'avait pas pu achever son discours; MM. Debienne et Poligny l'a embrassée, remerciée et ils sont sauvés aussi rapides que le fantôme lui-même. Nul ne s'en est étonné, car on savait qu'ils devaient avoir la même cérémonie à l'étage supérieur, au foyer du chant. Leurs amis intimes étaient reçus une dernière fois dans le grand vestibule du cabinet directorial, où un véritable souper les attendait.

Et c'est là que nous les retrouvons avec les nouveaux directeurs MM. Armand Moncharmin et Firmin Richard.

Le souper était presque gai. MM. Debienne et Poligny avaient déjà remis à MM. Armand Moncharmin et Firmin Richard les deux clefs minuscules, les passe-partout[64] qui ouvraient toutes les portes de l'Académie nationale de musique. Ces petites clefs passaient de main en main[65] quand quelqu'un a découvert cette étrange et fantastique figure aux yeux caves au bout de la table, qui était déjà apparue au foyer de la danse et qui avait été saluée par la petite Jammes de cette apostrophe: «le fantôme de l'Opéra!»

Il n'a pas prononcé un mot. Les amis de MM. Firmin Richard et Armand Moncharmin croyaient qu'il était un intime de MM. Debienne et Poligny[66], tandis que les amis de MM. Debienne et Poligny pensaient qu'il était du coté de MM. Richard et Moncharmin.

MM. Debienne et Poligny, placés au milieu de la table, n'ont pas encore aperçu l'homme à la tête de mort, quand celui-ci s'est mis tout à coup à parler[67].