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Гастон Леру – Призрак оперы. Уровень 1 / Le Fantome de l`Opera (страница 1)

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Леру Гастон

Призрак оперы. Уровень 1 / Le Fantome de l`Opera

© Алмазова Н. А., адаптация текста, комментарии, упражнения и словарь, 2025

© ООО «Издательство АСТ», 2025

AVANT-PROPOS

où l'auteur de ce singulier ouvrage raconte au lecteur comment il fut conduit à acquérir la certitude[1] que le fantôme de l'opéra a réellement existé[2]

Le fantôme de l'Opéra a existé, en chair et en os[3], bien qu'il essayait d'avoir les apparences d'un vrai fantôme[4], c'est-à-dire d'une ombre.

Il ne serait point difficile[5] de trouver encore aujourd'hui des vieillards fort respectables, qui se souviennent comme si la chose datait d'hier, des conditions mystérieuses et tragiques qui accompagnèrent l'enlèvement de Christine Daaé, la disparition du vicomte de Chagny et la mort de son frère aîné le comte Philippe, dont le corps a été trouvé sur la berge du lac qui s'étend dans les dessous de l'Opéra[6].

Un jour, j'avais passé[7] de longues heures en compagnie des Mémoires d'un directeur, œuvre légère de ce trop sceptique Moncharmin qui ne comrenait rien[8] à la conduite du fantôme. Il était la première victime de la curieuse opération financière qui se passait à l'intérieur de «l'enveloppe magique»[9].

Désespéré, je venais de quitter[10] la bibliothèque quand j'ai rencontré le charmant administrateur de notre Académie nationale, qui bavardait avec un petit vieillard vif et coquet, auquel il m'a présenté allègrement[11]. M. l'administrateur était au courant[12] de mes recherches et savait avec quelle impatience j'avais en vain tenté de découvrir la retraite du juge d'instruction de la fameuse affaire[13] Chagny, M. Faure. Ce petit vieillard était M. Faure lui-même.

Il m'a raconté toute l'affaire Chagny telle qu'il l'avait comprise. Bien entendu[14], quand je lui parlais du fantôme, il rirait. Mais il avait entendu un témoin qui avait affirmait qu'il avait eu l'occasion de rencontrer le fantôme. Ce personnage – le témoin – tout le monde appelait «le Persan». Il était bien connu de tous les abonnés de l'Opéra.

J'ai découvert le Persan dans son petit appartement de la rue de Rivoli.

Tout d'abord[15], je me méfiais; mais quand le Persan m'a tout raconté et quand il m'a montré l'étrange correspondance de Christine Daaé, j'ai compris: le fantôme n'était pas un mythe!

On se rappelle que dernièrement des ouvriers ont trouvé un cadavre dans le sous-sol de l'Opéra; or, j'ai eu tout de suite[16] la preuve que ce cadavre était celui du Fantôme de l'Opéra! J'ai fait toucher cette preuve, de la main, à l'administrateur lui-même.

Mais nous reparlerons[17] de ce cadavre; maintenant, il est important de terminer ce très nécessaire avant-propos en remerciant ceux qui m'ont fait du plus utile secours et grâce auxquels je vais pouvoir, avec le lecteur, revivre, dans leurs plus petits détails, ces heures de pur amour et d'effroi. – G. L.

I

Est-ce le fantôme?

Ce soir-là MM. Debienne et Poligny, les directeurs démissionnaires de l'Opéra, donnaient leur dernière soirée de gala, à l'occasion de leur départ[18]. La loge de la Sorelli, un des premiers sujets de la danse, était envahie par une demi-douzaine de ces demoiselles du corps de ballet[19]. La Sorelli était très superstitieuse. Elle a entendu une des filled, la petite Jammes, parler du fantôme et a dit:

«Petite bête!»[20]

Mais elle lui a demandé tout de suite[21]:

«Vous l'avez vu?

– Comme je vous vois!» a répliqué la petite Jammes.

«Bah! a dit l'une des danseuses qui avait à peu près conservé son sang-froid[22], vous voyez le fantôme partout.»

Et c'est vrai que, depuis quelques mois[23], tout le monde parlait de ce fantôme en habit noir qui se promenait comme une ombre du haut en bas[24] du bâtiment.

Au fond[25], qui l'avait vu? On peut rencontrer tant d'habits noirs à l'Opéra qui ne sont pas des fantômes. Mais celui-là avait une spécialité que n'ont pas tous les habits noirs. Il habillait un squelette.

L'imagination du squelette était née de la description de Joseph Buquet, chef machiniste[26], qui, l'avait réellement vu. Voici ce qu'il a dit du fantôme:

«Il est très maigre et son habit noir flotte sur un corps squelettique. Ses yeux sont si profonds qu'on ne distingue pas bien les prunelles immobiles. On ne voit, en somme, que deux grands trous noirs. Sa peau n'est point blanche, mais jaune. Il n'a pas de nez du tout.»

Ce chef machiniste était un homme sérieux. Sa parole était écoutée avec stupeur et intérêt, et aussitôt les autres aussi avaient rencontré un habit noir avec une tête de mort.

Et puis, des incidents curieux et inexplicables se sont produits coup sur coup[27].

Un lieutenant de pompiers, c'est brave! Il ne craint rien, il ne craint surtout pas le feu!

Mais un lieutenant de pompiers, qui s'en était allé faire un tour de surveillance[28] dans les dessous, était soudain réapparu sur le plateau, pâle et tremblant, les yeux hors des orbites. Et pourquoi? Parce qu'il avait vu s'avancer vers lui, à hauteur de tête[29], mais sans corps, une tête de feu! Et je le répète, un lieutenant de pompiers, il ne craint pas le feu.

Ce lieutenant de pompiers s'appelait Papin.

La Sorelli elle-même, entourée de toutes les danseuses, avait, – au lendemain de l'histoire du lieutenant de pompiers, – sur la table un fer à cheval[30].

Voilà qui donne assez rapidement un aperçu de l'état d'âme de ces demoiselles[31], le soir où nous pénétrons avec elles dans la loge de la Sorelli.

«C'est le fantôme!» s'est écriée la petite Jammes. «Écoutez!»

Aucun bruit de pas. La Sorelli s'est avancée vers la porte, et a demandé:

«Qui est là?»

Mais personne ne lui a répondu.

Alors, elle s'est forcée à être brave et a dit très fort:

«Il y a quelqu'un derrière la porte?»

Puis la Sorelli, armée d'un stylet qui ne la quittait jamais, a osé tourner la clef dans la serrure, et ouvrir la porte.

Le couloir était désert. Et la danseuse a refermé la porte.

«Et pourtant, nous l'avons bien vu! a affirmé encore Jammes. Il doit être quelque part, par-là.»

La Sorelli a dit aux petites danseuses:

«Mes enfants, il faut vous «remettre»![32] Le fantôme? Personne ne l'a peut-être jamais vu!

– Si! si! Nous l'avons vu!.. nous l'avons vu tout à l'heure! ont repris les petites.

– Chut! M'man dit que le fantôme n'aime pas qu'on l'ennuie![33] – a dit Meg.

– Et pourquoi ta mère dit ça?

– Parce que… Parce que… rien… J'ai juré de ne rien dire!»

Mais elles ne lui ont laissé point de repos[34] et Meg, qui brûlait du désir[35] de raconter ce qu'elle savait, a commencé, les yeux fixés sur la porte:

«Voilà… c'est à cause de la loge…

– Quelle loge?

– La loge du fantôme! C'est la première loge, numéro 5, vous savez bien, la première loge à côté de l'avant-scène de gauche. C'est m'man qui en est l'ouvreuse… Mais vous me jurez bien de ne rien raconter?

– Mais oui, va!..

– Eh bien, c'est la loge du fantôme… Personne n'y va depuis plus d'un mois, excepté le fantôme, bien entendu, et on a donné l'ordre à l'administration de ne plus jamais la louer… On ne voit pas le fantôme! Et il n'a pas d'habit et de tête!.. On l'entend seulement quand il est dans la loge. M'man ne l'a jamais vu, mais elle l'a entendu… et pour sûr que Joseph Buquet a tort de s'occuper de choses qui ne le regardent pas[36]… ça va lui porter malheur…[37]»

À ce moment, on a entendu une voix qui criait:

«Cécile! Cécile! es-tu là?

– C'est la voix de maman! a dit Jammes. Qu'y a-t-il?»

Et elle a ouvert la porte. Une honorable dame est entrée dans la loge et tombée dans un fauteuil.

«Quel malheur! a-t-elle dit!.. Quel malheur!

– Quoi? Quoi?

– Joseph Buquet…

– Eh bien, Joseph Buquet…

– Joseph Buquet est mort! On vient de le trouver pendu dans le troisième dessous!.. Mais le plus terrible, continuait la pauvre dame, le plus terrible est que les machinistes qui ont trouvé son corps, prétendent qu'on entendait autour du cadavre le chant des morts[38]!

– C'est le fantôme!» a dit la petite Meg Giry.

La vérité est[39] qu'on n'a jamais bien su comment était mort Joseph Buquet. L'enquête n'a donné aucun résultat. Dans les Mémoires d'un Directeur, M. Moncharmin, qui était l'un des deux directeurs, est écrit:

«Le temps que je mis à dégringoler l'escalier[40], le pendu n'avait déjà plus sa corde!»

II

La Marguerite nouvelle