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Евгений Шмурло – Вольтер и его книга о Петре Великом (страница 66)

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SUPP. p. 108, l. 13. c’est sous son administration que la Pologne, etc. Mr. de Voltaire va trop vite. Il a omis l’histoire de deux années de 1684 et 1685. Le zar Iwan Alexiewitsch se maria le 9 Janvier 1684 v. st. avec Proscovie Fedorowna Soltikow. Les Jésuites s’établirent à Moscou pour la première fois vers le même temps, ou vers la fin de l’année précédente. Voyés le P. Avril. Zurowski, ambassadeur de l’empereur Léopold, arriva à Moscou dans le mois de May 1684. Voyés Korb, p. 43. C’étoit pour engager la cour de Russie dans une guerre contre les Turcs. L’effet s’en fit connoître en 1684. Le Jésuite Avril arriva à Moscou en 1685 pour aller par terre à la Chine. Il n’en eut pas la permission. Voyés la description de son Voyage.

N. 169. – C’est lui [Basile Gallitzin] qui, le premier, fit envoyer, en 1687, une ambassade en France… La France n’avait eu encore aucune correspondance avec la Russie, on ne la connaissait pas (440).

SUPP. p. 108, l. 17. en 1687 une ambassade en France. Le prince Dolgorouki (Jacob Fedorowitsch) fut nommé pour aller en ambassade à la cour de France et à celle d’Espagne le 20 Juin 1688. Voyés le Journal de Gordon dans l’Histoire d’Asow, p. 171.

SUPP. p. 108, l. dernière, la France n’avoit eu encore aucune correspondance avec la Russie. J’ai déjà remarqué à l’occasion du marquis d’Exideuil à la page 62 ce qu’il y a à dire touchant cet article. Aussi le P. Avril parle-t-il à la page 186 de son Voyage des prédécesseurs du prince Dolgorouki à la cour de France.

N. 170. – Le kan des Tartares de Crimée exigeait un tribut annuel de soixante mille roubles (440).

SUPP. p. 109, l. 23. tribut pour les Tartares de Crimée. Ce n’étoit nullement un tribut, mais des présents qu’on avoit la coutume de faire à ces Tartares, pour ne pas exposer les limites à leurs invasions, et pour pouvoir compter sur leur secours en cas de rupture avec la Pologne. On pourroit appeller ces présents subsides.

N. 171. – La Tartarie-Crimée est… contrée fertile et toujours barbare, nommée Crimée, du titre des premiers kans, qui s’appelaient crim avant les conquêtes des enfants de Gengis (440).

REM. II. p. 110, l. 6. Crimée. Il est plus vraisemblable que ce nom tire son origine du mot tatare Kerim, qui veut dire: un endroit fortifié (comme étoit le fameux canal à l’entrée de la Crimée que les Russes nomment Perecop) que du titre des premiers kans. On appelle aussi les Tatares Precopites. (REM. I. et MÜLLER: même texte. En outre REM. I.: Tartare, Tartares.)

SUPP. p. 109. premiers kans, qui s’appelloient Crim avant les conquêtes des enfans de Gengis. On a déjà montré la fausseté de cette étymologie dans les remarques précédentes, en y substituant une autre, qui ne laisse aucune doute. Il est bon d’observer outre cela que la Crimée n’a pas eu des kans, que depuis la mort de Tamerlan, en 1400, et par conséquant il n’y en peut pas avoir eu d’antérieurs aux enfants de Gengis.

JOUR. On sait que la demi-isle de Crime tire son nom du fossé Perecop qui lui sert de fortification, et non comme il est dit, pag. 110, des premiers chams qui n’ont jamais été nommés ainsi. – Objection de Voltaire: «Qui le sait? Le Critique le dit, est-ce assez pour l’en croire?»

N. 172. – Gallitzin alla lui-même en Crimée à la tête d’une armée nombreuse, [note de Voltaire: «1687, 1688»]… On se trouva dans de vastes solitudes sur la rivière de Samare, sans magasins. Gallitzin… employa trente mille hommes à bâtir sur la Samare une ville qui pût servir d’entrepôt pour la campagne prochaine; elle fut commencée dès cette année, et achevée en trois mois, l’année suivante, toute de bois à la vérité, avec deux maisons de briques et des remparts de gazon, mais munies d’artillerie, et en état de défence (440–441).

SUPP. p. 109, l. 12. armée nombreuse. Elle consistoit en cinq divisions, et étoit commandée par les cinq généraux suivans: le prince Wasili Wasiliewitsch Galizin, le bojarin Alexei Semönowitsch Schein, le bojarin Boris Petrowitsch Scheremetow, le prince Wolodimer Dmitriewitsch Dolgoruki, et le hetman des Cosaques Iwan Samuilowitsch. Il faudroit mieux distinguer les deux campagnes de 1687 et 1688. Le mauvais succès de la première fut causé par le manque de nourriture pour les chevaux, puisque les Tartares, ou selon d’autres, les Cosaques avoient brûlé les herbes dans le désert de long du Dnieper. Le hetman Samuilowitsch fut arrêté le 23 Juillet, et envoyé à Moscou, ayant été accusé d’intelligence avec les Tartares. Le 25 du même mois il fut remplacé par Mazeppa, qui avoit été son secrétaire et adjutant, ou factotum. Après le retour du prince Galizin il fut résolu dans un conseil d’Etat à Moscou (le 9 Février 1688) de bâtir une ville, ou petit fort à l’embouchure de la rivière Samara, qui tombe dans le Dnieper. La campagne de 1688 se réduisit à bâtir ce petit fort, qui fut appelé Bogorodizkoi. Il fut achevé dans le mois de Juillet, et fourni de garnison, d’artillerie et de vivres. Les Tartares, au contraire, faisoient des courses bien avant dans l’Ucraine. Tout cela est décrit amplement dans l’Histoire d’Asow qui se trouve dans le 2 tome de Recueil pour l’Histoire de Russie. – Après cette expédition l’Histoire devroit parler du mariage de l’empereur avec Eudoxie Fedorowna Lapoukhin, qui fut célébré le 27 Janvier 1689 v. st. Mr. de Voltaire parle de ce mariage à la page 116. Alors Pierre commença à assister au conseil d’Etat dans lequel présidoit ordinairement la princesse Sophie. Il paroit qu’il s’y est introduit contre la volonté de sa sœur, et que des disputes survenues dans les conférences ont achevé de la perdre dans son esprit.

N. 173. – L’envoyé de Pologne, La Neuville, résident alors à Moscou… prétend que Sophie et Gallitzin engagèrent le nouveau chef des strélitz à leur sacrifier leur jeune czar (441).

SUPP. p. 111, l. 16. l’envoyé de Pologne la Neuville. Il étoit émissaire du marquis de Bethune, envoyé de France en Pologne, pour découvrir le sujet de la négociation des ministres de Suède et de Brandebourg à la cour de Russie. Il n’étoit muni de lettres de créance du roy de Pologne que pour le garantir d’être traité en espion. C’est ce qu’il dit lui-même dans la dédicace de sa relation.

SUPP. p. 111, l. 19. Sophie et Galizin engagèrent le nouveau chef des strélits à leur sacrifier le jeune czar. Quoiqu’en dise Neuville, il est fort douteux que Galizin ait eu part à cette trahison. Matfeow ne le met pas dans le nombre des complices. S’il en avoit été, l’empereur l’auroit sans doute puni plus sévèrement. Tscheglovitoi étoit le nouveau chef des strélits dont parle Mr. de Voltaire. Cependant il n’étoit pas nouveau dans cette place. Il l’occupoit depuis 1683. Il ne faut pas oublier ici de parler de l’occasion où l’empereur manifesta pour la première fois en public sa colère contre la princesse Sophie. C’étoit le 8 Juillet 1689 à une procession qu’on devoit tenir en honneur de l’image miraculeuse de la S. Vierge du Casan. Les zars avoient coutume d’y assister. Pierre s’étoit rendu pour cela avec son frère le zar Iwan dans la cathédrale. La princesse arriva au commencement de la cérémonie. Pierre ne voulut pas qu’elle y assista. Cependant, comme elle ne se fit pas décourager par les grosses paroles de son frère, Pierre quitta la procession, et se retira à Colomenskoe, village à 7 werstes de Moscou, où sa mère et son épouse le suivirent. Alors la princesse conçut le pernicieux dessein dont parle Mr. de Voltaire. Le complot fut entamé au commencement d’Août. Tscheglowitoi devoit l’executer avec ses strélits. Vers le même temps Pierre passa avec sa famille de Colomenskoe à Preobraschenskoe. C’est sur les mémoires de Matfeow que se rapportent ces faits.

N. 174. – Les Mémoires secrets que la cour de Russie m’a confiés assurent que le parti était pris de tuer Pierre Ier… Le czar fut encore obligé de se sauver au couvent de la Trinité (441).

SUPP. p. ni, l. 23. les mémoires secrets. Ce sont sans doute les mémoires de Matfeow. Il n’y en a pas d’autres plus authentiques. Je ne sçai pas, pourquoi Mr. de Voltaire les nomme secrets.

SUPP. p. 112, l. 4. le czar fut encore obligé de se sauver au couvent de la Trinité. Il falloit dire premièrement, comment on fut averti du danger, et en conter après cela les suites plus en détail. C’étoit la nuit du 7 au 8 Août, que quatre strélits, du nombre de ceux que Tscheglowitoi avoit choisi pour son expédition secrète, par un remord de conscience, accoururent à Preobraschenskoe, découvrirent le dessein, et avertirent l’empereur, qu’on viendroit la même nuit l’attaquer et mettre à mort lui, sa mère, son épouse et sa sœur la princesse Natalie; ils conseilloient de quitter Preobraschenskoe le plus vite qu’il seroit possible, et d’aller se réfugier en quelque endroit sûr. D’abord l’empereur partit avec sa famille pour le couvent de la Trinité. Les conjurés arrivèrent en effet la même nuit, et apprenant le départ de la Cour retournèrent à Moscou. Cependant ceux de la Cour, qui avoient été avec l’empereur à Preobraschenskoe, le suivirent au couvent, ce que faisoient aussi les principaux seigneurs qui vivoient à Moscou, ou sur leurs terres aux environs de la ville, lorsqu’ils apprirent ce qui venoit se passer. Le reste de la noblesse fut convoqué par un édit. Les régiments réguliers, de l’institution du zar Alexei Michailowitsch, dans lesquels il y avoit beaucoup d’officiers étrangers, marchoient à la défence de leur maître. Tout le monde étoit en mouvement. Il y avoit même un régiment des strélits, appellé Soukharew Polk, qui suivit l’exemple des régiments réguliers. On ne parloit à Moscou que de l’atrocité du coup manqué, cependant la princesse et ses adhérants tâchèrent à se disculper. Le patriarche devoit prendre leur justification et prier l’empereur de se reconcilier avec sa sœur. Mais à peine fut-il arrivé au couvent de la Trinité, qu’apprenant les raisons que la Cour avoit d’en agir de la sorte, il fut pleinement convaincu du tort de la princesse. Il ne voulut plus retourner chez elle.