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Евгений Шмурло – Вольтер и его книга о Петре Великом (страница 42)

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Таких добавочных замечаний набралось 12, а с теми девятнадцатью – 31. Эти двенадцать замечаний не были ни занумерованы, ни выделены в особую группу, но вкраплены в порядке страниц самой рукописи. Мы переносим их в общую Сводку (Приложение VI), здесь же печатаем только замечания, вызванные непосредственно запросами Вольтера, именно в таком порядке: а) выдержка из главы Х (печатается курсивом); б) запрос Вольтера (печатается разрядкой); в) посланное ему разъяснение. Так как далеко не все выдержки из главы X приведены в рукописных «Remarques» полностью: до конца не доведены («… etc.») и потому полного представления о содержании соответствующих мест дать не могут, то здесь оне воспроизводятся в полном виде по тексту последнего издания (Œuvres, XVI), причем, в тех немногих случаях, когда печатный текст отступает от рукописного, это отступление указано путем соответственной выписки из рукописи.

(Papiers de Voltaire. N. 242. T. I. N. 19 de la nouvelle numération qui à l’origine manquait complètement. Copie exécutée par un copiste, contenant quelques petites corrections. 9 feuillets.)

Après avoir décrit le procès et la mort du Tsarévitch Alexis (voir le futur chapitre X du deuxième volume de l’«Histoire»), Voltaire envoya son manuscrit à St.-Pétersbourg pour qu’il y fût révisé au préalable, tout en demandant quelques détails et des éclaircissements. Dans les Portefeuilles Müller (N. 149 du carton II, cahier N. 1, ff. 1–9 selon la troisième numération), on trouve un apographe de cette description («Chapitre. Condamnation du prince Alexis Petrovitz, etc.»). Ici l’indication: «chapitre X» manque encore, tandis que dans les marges du document, aux points correspondants, nous lisons les questions de Voltaire au nombre de 19. Les réponses à ces objections figurent dans les papiers et constituent ce que nous avons appelé plus haut: «Remarques sur quelques endroits…», etc. A Pétersbourg on ne se borna cependant pas à fournir les éclaircissements demandés, mais on saisit l’occasion pour revoir le manuscrit entier, en soulignant la nécessité ou l’opportunité d’apporter au texte quelques nouvelles modifications. Ces observations supplémentaires sont au nombre de 12, ce qui, avec les 19 précédentes, fait un total de 31. Ces 12 observations n’ont été ni numérotées, ni classées à part, mais intercalées à mesure dans les pages mêmes du manuscrit. Nous les reproduisons dans le Sommaire (appendice N. 6), tandis qu’ici nous nous bornons à donner les réponses directes se rapportant aux questions posées par Voltaire. En ceci nous observons l’ordre suivant: a) extrait du chapitre X (en italique); b) question posée par Voltaire (espacée); c) éclaircissement fourni. Il est à rappeler néanmoins que dans le manuscrit des «Remarques» les citations prises au chapitre X sont doin d’être toujours complètes, terminant souvent par des points de suspension, des «etc.» et ainsi de suite, ce qui empêche de se faire une idée exacte de la teneur des passages correspondants; de ce fait nous avons jugé utile de donner ici ces citations en entier, en nous conformant au texte de la dernière édition (Œuvres, XVI). En outre, dans les cas, rares du reste, où le texte imprimé diffère de celui du manuscrit, nous donnons également la version contenue dans celui-ci[434].

Il le[435] mit męme ŕ la tęte de la régence pendant une année. (Œuvres, XVI, 572).

En quelle année?

La même année que le Tsar partit pour la guerre contre les Turcs, savoir 1711.

Sa femme[436], méprisée maltraitée, manquant du nécessaire, privée de toute consolation, languit dans le chagrin, et mourut enfin de douleur en 1715, le 1еrnovembre (573).

Pourroit on avoir quelques détails des souffrances de sa f e m m e?

Comme on n’a point d’histoire circonstanciée de la vie de ce Prince, les détails que Vous exigés, Monsieur, ne sont connus que par la tradition de gens, dignes de foi qui ont été témoins occulaires des mauvais traitements qu’il faisoit essuyer à sa femme. Le lecteur en apprenant qu’Alexis se livra à toutes les débauches d’une jeunesse effrenée et à la grossierté des anciens mœurs…… à bien de lui même les particularités d’une conduite si depravée.

Le czar croyait surtout avoir la prérogative de disposer d’un empire qu’il avait fondé (573).

Le terme de croire ne suppose-t-il pas qu’il s’étoit arrogé faussement cette prérogative?

Elle lui appartenait pourtant à juste titre. Suivant la constitution fondamentale de l’Empire il pouvait comme souverain absolu choisir un successeur à son gré, et comme père priver son fils de la succession.

L’impératrice Catherine accoucha d’un prince, qui mourut depuis en 1719 (573).

Dans le manuscrit: «l’Impératrice Catherine accoucha d’un fils.»

Quand mourut-il?

En 1719 le 25 août v. st.

Le prince arrive le 13 février 1718, n. st., ŕ Moscou, oů le czar était alors. Il se jette le jour męme aux genoux de son pčre; il a un trčs-long entretien avec lui (576).

Dans le manuscrit il n’y a qu’une seule indication à la page, sans texte.

Est-ce le 22?

(La réponse à cette objection N 5 est donnée en même temps que la réponse au N 6.)

Le lendemain on fait prendre les armes aux régiments des gardes, ŕ la pointe du jour; on fait sonner la grosse cloche de Moscou. Les boďards, les conseillers privés, sont mandés dans le château; les évęques, les archimandrites, et deux religieux de Saint-Basile, professeurs en théologie, s’assemblent dans l’église cathédrale. Alexis est conduit sans épée et comme prisonnier dans le château, devant son pčre (576).

Dans le manuscrit il y a la même indication de la page («pag. 13») qu’au point N 5, sans texte.

N’est-ce pas le surlendemain?

Suivant le Journal de Pierre Ier il arriva le 2/13 Janvier. Dans le procès imprimé en langue russienne il n’est pas marqué qu’il ait vû le même jour son père et qu’il ait eut un long entretien avec lui. Cependant on n’y dit pas le contraire. Ce qu’il y a de certain c’est qu’il fût conduit le lendemain de son arrivée, savoir le 3/14 Février publiquement devant le Tsar par le conseiller privé Tolstoy et le capitaine aux gardes Rumantzoff dans la grande salle du château.

Le czar dressa lui-męme de nouveaux articles d’interrogatoire. Le quatričme était ainsi conçu: «Quand vous avez vu, par la lettre de Beyer, qu’il y avait une révolte ŕ l’armée du Mecklenbourg, vous en avez eu de la joie; je crois que vous aviez quelque vue, et que vous vous seriez déclaré pour les rebelles, męme de mon vivant» (580).

Est-il possible qu’un père et qu’un juge tend un tel piège à son fils? Une pensée secrète doit-elle entrer dans un procès verbal?

Pourquoi paraitroit-il étonnant qu’un père souhaitât d’être informé de tout ce qui peut avoir rapport à la conduite de son fils? Plus une personne nous appartient de près plus il nous est important d’en connaître, pourquoi blâmerions nous donc Pierre Ier d’avoir voulu sonder même les plus secrètes pensées de son fils pour en développer le naturel? La tendresse paternelle y étoit trop intéressée pour condamner la ruse dont elle s’est servie pour parvenir à son but.

Tel était le pouvoir reconnu du czar qu’il pouvait faire mourir son fils coupable de désobéissance, sans consulter personne; cependant il s’en remit aujugement de tous ceux qui représentaient la nation (586).

Etes-Vous content de cette tournure?

Autant que tout lecteur équitable à sujet de l’être de la conduite du Tsar même.

On publia dans plusieurs livres que le czar avait fait venir d’Espagne le procčs de don Carlos, condamné ŕ mort par Philippe II; mais il est faux qu’on eűt jamais fait le procčs ŕ don Carlos. La conduite de Pierre Ier fut entičrement différente de celle de Philippe. L’Espagnol ne fit jamais connaître ni pour quelle raison il avait fait arręter sonfils, ni comment ce prince était mort. Il écrivit ŕ ce sujet au pape et ŕ l’impératrice des lettres absolument contradictoires. Le prince d’Orange Guillaume accusa publiquement Philippe d’avoir sacrifié sonfils et sa femme ŕ sajalousie, et d’avoir moins été unjuge sévčre qu’un marijaloux et cruel, un pčre dénaturé et parricide. Philippe se laissa accuser, et garda le silence. Pierre, au contraire, ne fit rien qu’au grand jour, publia hautement qu’il préférait sa nation ŕ son proprefils, s’en remit aujugement du clergé et des grands, et rendit le monde entierjuge des uns et des autres, et de lui-męme (586–587).

Cela suffit-il?

Cela fait voir du moins que Pierre n’était animé par aucune raison secrète comme Philippe que par conséquent il ne doit pas être mis au rang des pères dénaturés, mais marcher de pair avec Manlius et Brutus, et que le véritable héroïsme est de tous les pays et de tous les siècles.

Ce qu’il y eut encore d’extraordinaire dans cette fatalité, c’est que la czarine Catherine, haďe du czarovitz et menacée ouvertement du sort le plus triste si jamais ce prince régnait, ne contribua pourtant en rien ŕ son malheur, et ne fut ni accusée, ni męme soupçonnée par aucun ministre étranger résident ŕ cette cour, d’avoir fait la plus légčre démarche contre un beau-fils dont elle avait tout ŕ craindre. Il est vrai qu’on ne dit point qu’elle ait demandé grâce pour lui; mais tous les Mémoires de ce temps-lŕ, surtout ceux du comte de Bassevitz, assurent unanimement qu’elle plaignit son infortune (587).