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Евгений Шмурло – Вольтер и его книга о Петре Великом (страница 33)

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En 1514 Ordre Teutonique n’était-il pas souverain de la Livonie? Albert de Brandebourg ne céda-t-il pas ses droits à Gautier de Plettenberg en 1514? Et le Grand Prieur de la Livonie ne fut-il pas déclaré Prince de l’Empire Germanique en 1530? Ces faits sont constatés dans la plupart des annalistes Allemands.

Albert Marggrave de Brandenbourg, en sa qualité de Grand-Maître de l’Ordre Teutonique n’avait que la suprême jurisdiction de la Livonie. Par un acte passé à Königsberg le jour de St-Michel 1521, il la céda pour une somme d’argent à Gautier Plettenberg, Grand Prieur de l’Ordre Livonien, et en 1525 il dispensa toutes les provinces de la Livonie du serment, qu’elles lui avaient prêté. Cet acte est daté de Presbourg en Hongrie le jeudi après St-Valentin 1525. La Livonie étant devenue une province entièrement libre, son Grand Prieur, Gautier de Plettenberg, fut reçu par Charles V au nombre des Princes de l’Empire et c’est depuis ce temps-là que toutes les appellations ont été faites à la Chambre Impériale de Spire. Albert étant élu Grand-Maître de l’Ordre Teutonique en Prusse, refusa de reconnaître le Roi Sigismond de Pologne pour son souverain, et de lui prêter le serment accoutumé depuis 1466; ce qui occasionna une guerre entre lui et les Polonais. C’est pendant cette guerre que la Livonie se détacha de lui, comme il est marqué plus haut. Par la paix conclue à Cracovie le 10 Avril 1525, les Polonais consentirent enfin, qu’Albert et ses descendants possédassent la Prusse, comme un fief de la Pologne. Il en fit le même jour l’hommage en personne à Sigismond, Roi de Pologne.

On lit dans l’«Histoire du commerce de Venise», que les Vénitiens avaient bâti le petit bourg, qu’ils appelaient Tana, vers la mer Noire, et de là vient le proverbe Vénitien: ire a la Tana. Les Génois s’en emparèrent depuis; cependant les remarques envoyées par M. de Strahlemberg m’apprennent que les Génois bâtirent Tana.

La ville de Tanais a été bâtie par les Grecs Bosphoriens plusieurs siècles avant l’ère chrétienne, pour faciliter le commerce qu’ils faisaient avec les Scythes et autres peuples voisins, qui leur apportaient des bleds, du poisson salé, des fourrures et des esclaves… et les troquaient contre des draps, du vin et autres marchandises. Peu avant la naissance de Jésus-Christ, ces mêmes Grecs, ne pouvant plus résister aux efforts, que les Scythes faisaient pour s’emparer de leur pays, leur Tyrane, Parisade, appela le roi Mitridate au secours de la ville de Cherson, qui était à ce temps-là la plus formidable de toutes les colonies Grecques sur les côtés de la Crimée. Celui-ci, après avoir battu les Scythes à différentes reprises, les chassa entièrement de la péninsule et établit le royaume Bosphorien, qui comprenait cette péninsule et le pays situé vers l’Est, jusqu’au mont Caucase. Strabon dit, que du temps de Polémon, Roi des Bosphoriens, la ville de Tanais, qui avait osé lui faire tête, avait été prise et démolie. Mais il est à croire qu’il la fit bientôt rebâtir, puisque le même Strabon nous assure que Polémon avait possédé tout le pays jusqu’au fleuve Tanais, que l’on ne pouvait défendre sans le secours de cette ville. Du temps de l’Empereur Dioclétien, les Sarmates occupèrent le royaume Bosphorien, dont les limites étaient encor les mêmes qu’elles avaient été du temps des Tyrans Grecs, par conséquent la ville de Tanais y était comprise. Sous le règne de l’Empereur Valens, l’arrivée des Huns causa une grande révolution dans ces contrées. Procopius, dans son livre de bello Gothico, dit que, du temps de l’Empereur Justinien, les Huns possédaient tout le pays situé le long de la côte orientale du Palus Meotide jusqu’à l’embouchure du Tanais. Aux Huns succédèrent les Kosares, qui furent chassés à la fin du 9me siècle par d’autres peuples, appelés Petschenegues. Au milieu d’onzième siècle, les mêmes Petschenegues, trop faibles pour résister aux Polowziens, abandonnèrent leur pays et se soumirent à l’Empereur Grec, qui leur donna dans la Moldavie et la Valachie des terres désertes à habiter.

Lorsqu’au commencement du 13me siècle les Français s’emparèrent de la ville de Constantinople, les Gênois, profitant des troubles, occasionnés par les Croisades, s’étaient déjà rendus maîtres des presque toutes les places situées sur les côtes de la mer Noire. Quoiqu’on ne puisse marquer précisément le temps auquel ils ont occupé la ville de Tana, il est très probable qu’ils l’ont prise sur les Polowziens avant l’année 1237, c’est-à-dire avant l’irruption des Tatares. Nicephore Gregoras, historien grec, qui vivait du temps que les Gênois étaient au plus haut degré de puissance sur ces côtes-là, rapporte qu’ils avaient poussé les choses si loin, de ne vouloir même point permettre aux habitants de Constantinople, ni à aucune autre nation, de naviguer sur la mer Noire jusqu’à Cherson et la ville de Tanais, sans être munis de passeport Gênois, que les Vénétiens avaient tenté plusieurs fois de les chasser de leurs établissements sur la mer Noire, mais qu’ayant été mal soutenus par les Empereurs Grecs, les Gênois avaient toujours gagné du temps, pour faire dans (sic) les Vénitiens s’étant placés avec leur flotte devant Galatha, près de Constantinople, qui appartenait aussi aux Gênois, ils leur avaient fait beaucoup de mal, en s’emparant dans le détroit de leurs vaisseaux, qui venaient du Palus Meotide et de Tanais, chargés de bleds, de poissons salés et de caviar. Nicephore appelle cette ville encor de son ancien nom Tanais, au lieu que les Gênois disoient Tana et qu’ils appelaient aussi le Palus Meotide la mer de Tana. Les Turcs, s’étant rendus maîtres de la ville de Constantinople en 1453, les Gênois restèrent encore plus de vingt ans en possession des ports de la Crimée. Une querelle, survenue entre le Kan de la Crimée et les Mourzes, dans laquelle les Génois prirent le parti du Kan, causa leur ruine. Les Mourzes se soumirent avec toute la nation aux Turcs, et ceux-ci assiégèrent les Gênois dans Caffa, comme la dernière place forte, qui leur restait, et les chassèrent entièrement de la mer Noire. Il est très vraisemblable que les Gênois avaient déjà perdu quelque temps auparavant la ville de Tana, puisqu’on trouve les monnoyes frappées à Assof avec le nom de Toktamysch-Kan. Quant au nom que la ville porte à présent, il est à présumer qu’elle l’a reçu d’Asup, Prince des Polowzes, ou de quelque mot Polowzien, ressemblant à celui-là. Les Turcs prononcent Adsack. – Les Cosaques du Don, ne pouvant souffrir que la ville d’Asoff leur fermât l’entrée dans le Palus Meotide, s’en emparèrent en 1637, et infestèrent beaucoup les côtes de la mer Noire. Les Turcs assemblèrent quelques années après une grande armée pour la reprendre. Les Cosa-ques, menacés d’une force si redoutable, et n’ayant aucun secours à attendre, abandonnèrent eux- mêmes la ville, après avoir mis le feu aux maisons, et fait sauter en l’air toutes les fortifications.

Pour ce qui regarde les Lappons, il y a grande apparence que, s’étant mêlés avec quelques natifs du nord de la Finlande, leur sang a pu être altéré; mais j’ai vu, il y a vingt ans, chez le roi Stanislas, deux Lappons dont le roi Charles XII lui avait fait présent. Ils étaient probablement d’une race pure; leur beauté naturelle s’était parfaitement conservée, leur taille était de trois pieds et demi, leur visage plus large que long, des yeux très petits, des oreilles immenses. Ils ressemblaient à des hommes à peu près comme les singes. Il est vraisemblable que les Samoyèdes ont conservé toutes leurs grâces, parce qu’ils ont eu l’occasion de se mêler aux autres nations, comme les Lappons ont fait. L’un et l’autre peuple paraît une production de la nature faite pour leur climat, comme leurs rangifères ou rennes. Un vrai Lappon, un vrai Samoyède, un rangifère, ont bien l’air de ne point venir d’ailleurs.

L’extrait des Mémoires sur les Lappons et les Samoyèdes, envoyé à Mr. de Voltaire, renferme tout ce qu’il y a de plus constaté. L’auteur qui l’a composé, a passé plusieurs années parmi ces peuples et s’est donné beaucoup de peine pour examiner tout ce qui regarde leur origine, leur langue et leurs mœurs.

Si, du temps de ce Cosaque qui, selon le Baron de Strahlemberg, découvrit et conquit la Sibérie avec 600 hommes, les chefs des Sibiriens s’appelaient Tsars, comment ce titre peut-il venir de César? Est-il probable qu’on se fût modelé en Sibérie sur l’Empire Romain?

Les chefs des Sibiriens, dont le Cosaque Iermack Timofeewitsch conquit le pays, n’avaient d’autre titre que celui de Kan. Ce sont les Russes, qui dans leur langue les appelaient Tsar; titre qu’ils donnaient à tous les Princes de l’Asie, qui possédaient des états indépendants. Si le mot de Tsar n’est pas originairement Slavon, il y a la plus grande probabilité, qu’il nous est venu des Grecs, dans le temps, que la Russie embrassa le Christianisme, ou peût-être encor avant. Les Russes ne donnaient d’autre nom aux Empereurs Grecs, que celui de Tsars, et la ville de Constantinople porte jusqu’à présent le nom de Tsargorod, ou ville du Tsar. Le mot de Caesar a pû être facilement mutilé et changé en Tsar, en rejettant le diphtongue œ. Les lettres c et k dans les mots étrangers se changent ordinairement en Russe dans une lettre appelée tse (ц), qui se prononce comme ts. Dans la bible, ainsi que dans plusieurs prières traduites en langue Slavonne à la fin de l’onzième siècle, on rencontre le nom de Tsar partout, ou dans les autres se trouve celui de Roi David, Salomon et quelquefois même les Empereurs Romains ne sont autrement appelés que Tsars. Les Ta-tares, ainsi que leur nom, étaient encor inconnus aux Russes avant l’irruption que ces premiers firent en 1237. Tout cela prouve clairement que le mot de Tsar ne peut pas avoir une origine Tatare[408].