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Евгений Шмурло – Вольтер и его книга о Петре Великом (страница 34)

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Knés signifie-il originairement Duc? Ce mot Duc du 10me ou 11me siècle était absolument ignoré dans tout le Nord? Knés ne signifie-t-il pas Seigneur? Ne répond-il pas originairement au mot Baron? N’appelait-on pas Knés un possesseur d’une terre considérable? Ne signifie-t-il pas Chef comme Mirza ou Kan le signifie? Les noms des dignités ne se rapportent exactement les uns aux autres en aucune langue.

Le mot Knés est Slavon, et signifie précisément ce que dans les autres langues de l’Europe on appelle Prince. Ainsi Weliki Knés veut dire Grand-Prince. L’usage ayant introduit le mot Duc pour distinguer les Princes régnants des autres, qui ne le sont pas, les étrangers, au lieu de dire Grands-Princes en parlant des souverains de Russie, les ont appelés Grands-Ducs. Le titre de Knés est employé partout et l’on dit en français Prince et en Allemagne Fürst. Seigneur s’exprime en Russie par Hosoudar; il n’y a chez les Russes aucun titre de naissance qui soit équivalent à celui de Baron. Avant la création des Comtes et des Barons, faite par Pierre le Grand, on ne connaissait d’autres titres que ceux de Knés et de Dworenin, ou Gentilhomme[409].

Je suis bien aise que l’agriculture n’ait jamais été négligée en Russie; elle l’а beaucoup été en Angleterre, et encore plus en France; et ce n’est que depuis environ quatre-vingts ans que les Anglais ont su tirer de la terre tout ce qu’ils en pouvaient tirer. Leur terre est très-fertile en froment, et cependant ce n’est que depuis peu de temps qu’ils sont parvenus à s’enrichir par l’agriculture. Il a fallu que le gouvernement donnât des encouragements à cet art, qui paraît très-aisé, et qui est très-difficile.

Jusqu’à présent la Russie n’a pas eu besoin comme l’Angleterre de recourir aux moyens inventés pour augmenter la fertilité du sol. La terre y produit sans ces secours plus qu’il ne faut pour nourrir ces habitants. Dans plusieurs provinces le cultivateur n’est pas en état de mettre à profit toute sa récolte, étant éloigné des grandes villes ou des rivières qui pourraient en favoriser la consommation et le transport. En Ukraine il reste souvent la moitié des bleds sur le champ et y pourrit faute de bras. Le terroir y est fertile par soi-même, qu’on ne sait pas ce que c’est que de l’engraisser. De là le bas prix des grains dans plusieurs provinces de l’empire. Un sac de froment[410], qui est payé à Pétersbourg 150 cop., n’y coûte que 20 à 30 copieks. Le prix de toutes les autres provisions de bouche est presque dans la même proportion. Si l’empire de Russie comprenait encor deux fois autant l’habitants, qu’il y en a actuellement, il serait en état de pourvoir à leur subsistance quand même l’agriculture resterait sur le pied, où elle est à présent. Tant il y a encor de terres incultes.

Je suis fort surpris d’apprendre qu’il était permis de sortir de Russie, et que c’était uniquement par préjugé, qu’on ne voyageait pas; mais un vassal pouvait-il sortir sans la permission de son boyard? Un boyard pouvait-il s’absenter sans la permission du Czar?

Il n’y avait aucune loi écrite, qui défendît absolument aux Russes de sortir du pays; mais toutes les fois que quelqu’un voulait sortir pour commercer, ou pour s’instruire en voyageant, il était obligé de demander la permission et un passeport, sans quoi il était arrêté sur les frontières; ce qui se pratique encor à présent, sans distinction de condition[411].

Je voudrais savoir quel nom on donnait à l’assemblée des boyards, qui élut Michel Fédérowitz; j’ai nommé cette assemblée Sénat, en attendant que je sache quelle était sa vraie dénomination. Pourrait-on l’appeler diète, convocation? Enfin était-elle conforme ou contraire aux lois?

On ne saurait autrement la nommer que convocation, parce que non seulement les boyards, mais aussi toute la noblesse et toutes les villes étaient invitées d’y assister aux leurs députés. Comme ce cas venait d’arriver pour la première fois depuis Ruric, premier Grand-Duc de Russie, il n’y avait aucune loi, à laquelle cette convocation puisse déroger ou se conformer, ou qui en préscrivît la forme[412].

Quand une fois la coutume s’introduisit de tenir la bride du cheval du Patriarche, cette coutume ne devint-elle pas une obligation, ainsi que l’usage de baiser la pantoufle du Pape? Et tout usage dans l’Eglise ne se tourne-t-il pas en devoir?

Les Tsars ne l’ont jamais fait par aucun autre motif, que par celui des dévotions, et comme une pure cérémonie d’église. Quoiqu’on ne trouve pas dans les Histoires et Annales de Russie que les Grands-Ducs ayant fait avant les Patriarches la même cérémonie vis-à-vis des Métropolitains ou autres chefs du clergé qui officiaient le jour de cette procession; il est très probable de croire qu’elle s’est pratiquée de la même façon; et comme les Russes ont reçu de l’église Grecque tous leurs rites et cérémonies, il ne serait peut-être pas hors de propos de rechercher, si les Empereurs Grecs n’ont pas fait la même chose.

La question la plus importante est de savoir, s’il ne faudra pas glisser légèrement sur les événements qui précèdent le règne de Pierre le Grand, afin de ne pas épuiser l’attention du lecteur, qui est impatient de voir tout ce que ce grand homme a fait.

Mons. de Voltaire est le maître de faire tout ce qu’il jugera à propos, mais les re-marques et les mémoires séparés, qu’on lui a envoyés, serviront beaucoup à rectifier les erreurs, dans lesquelles sont tombés les auteurs étrangers trop peu instruits et n’ayant fait que se copier l’un et l’autre. Tout ce qui précède le temps auquel Pierre a commencé à régner par lui-même, doit être intéressant et nouveau pour les lecteurs, surtout l’histoire de ces différentes révoltes des Strelizes, traduites d’un manuscrit composé dans ce temps-là par le fils du malheureux boyard Matfeyew, massacré à l’occasion de la première révolte. Comme entre ces mémoires il y en a plusieurs, dont les détails ne conviennent pas au plan de l’ouvrage de Monsieur de Voltaire, on suppose qu’il n’en fera d’autre usage, que celui d’en tirer la quintessence et ce qui est le plus intéressant. Tels sont les différents états des troupes, de la marine, des revenus, etc. On a oublié d’ajouter dans les remarques, que la Princesse Sophie pendant la régence, ayant fait frapper des espèces d’or, fit mettre d’un côté les bustes des deux Tsars Iwan et Pierre, et de l’autre le sien avec une couronne sur la tête et le sceptre dans la main. La Légende Russe est exprimée par des lettres initiales: Par la grâce de Dieu Jean Alexéewitsch et Pierre Alexéewitsch, Grands Seigneurs Tsars et Princes et Sophie Alexéewna, Grande Dame et Princesse Tsarienne, Souverains de la Grande et Petite Russie.

A l’égard de l’orthographe on demande la permission de se conformer à l’usage de la langue, dans laquelle on écrit, de ne point écrire Moskwa, mais Mosca; d’écrire Veronise, Moscou, Alexiovis; on mettra au bas des pages les noms propres, tels qu’on les prononce dans la langue Russe.

Les auteurs étrangers, faute de connaissance de la langue Russe, ont tellement estrophié les noms, qu’un Russe même aurait toute la peine du monde à les deviner. C’est pourquoi Mr. de Voltaire est prié de faire observer scrupuleusement l’orthographe des noms Russes telle, qu’elle se trouve dans les mémoires et les remarques, qu’on lui a envoyés et de mettre au bas des pages les noms mutilés tels qu’ils se trouvent dans les auteurs étrangers. Pour plus d’exactitude on enverra à Mr. de Voltaire une liste alphabétique correctement écrite de tous les noms propres, qui pourraient entrer dans le corps de cet ouvrage. La rivière qui traverse la ville de Moscou s’appelle et se pro-nonce Moskwa et non pas Mosca; de même on ne dit point Veronise, mais Voronesch, Alexeewitsch et non pas Alexiowis. Cette exactitude dans l’orthographe ne laissera pas d’ajouter un nouveau degré d’autenticité à l’ouvrage même.

Приложение второе

REMARQUESSURLALETTREDE MR.DE VOLTAIRE, 11 JUIN 1761

(Портфели Миллера. N. 2. N. 149, тетрадь 4-я, л. 3–4; черновая, собственноручно писанная Миллером. – Тут же, л. 6–8, рукою того же Миллера: «Copie d’une lettre de Mr. de Voltaire de Château de Ferney en Bourgogne par Genève, 11 juin 1761». – Кроме того: на Л. 1–2 и 9–11: «Extrait d’une lettre de Mr. de Voltaire de Château de Ferney en Bourgogne par Genève, 11 juin 1761. Remarques»: писарской список с поправками (в Ремарках). В этих поправках я затруднился бы признать руку Миллера).

Вольтеру были посланы критические замечания на первый том его «Истории». Парируя нападки в письме к Шувалову от 11 июня 1761 г. (Œuvres, XL, 316; письмо N. 4568), он, своею антикритикою, вызвал в Петербурге новые замечания: «Remarques». Они впервые печатаются ниже сего по вышеуказанному писарскому списку. В этом списке текст Вольтерова письма разбит на 16 пунктов и по каждому пункту дан соответствующий ответ. В рукописи те и другие замечания приведены en regard: петербургские – полностью; Вольтеровские – сокращенно (начало и конец). Чтобы легче уследить за ходом мысли петербургского критика, замечания Вольтера воспроизводятся здесь (по вышеуказанному печатному тексту) тоже полностью.