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Шарль Бодлер – «Грустный ветер» и другие стихотворения. Перевод Елены Айзенштейн (страница 8)

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Ainsi nous vous voyons avec vos blocs rougeâtres Aux flancs tout lézardés, où les chèvres des pâtres Se pendent à midi sous le soleil ardent Sans trouver un bourgeon à ronger de la dent; Avec votre chemin poudroyant de lumière, De son ruban crayeux rayant le sol de pierre, Bien rarement foulé par le talon humain, Et se perdant au fond parmi le champ romain. – Les grands arbres fluets, au feuillé sobre et rare, À peine noircissant leurs pieds d’une ombre avare, Montent comme la flèche et vont baigner leur front Dans la limpidité du ciel clair et profond; Comme s’ils dédaignaient les plaisirs de la terre, Pour cacher une nymphe ils manquent de mystère : Leurs branches, laissant trop filtrer d’air et de jour, Éloignent les désirs et les rêves d’amour; Sous leur grêle ramure un maigre anachorète Pourrait seul s’abriter et choisir sa retraite. Nulle fleur n’adoucit cette sévérité; Nul ton frais ne se mêle à la fauve clarté; Des blessures du roc, ainsi que des vipères Qui sortent à demi le corps de leurs repaires, De pâles filaments d’un aspect vénéneux S’allongent au soleil en enlaçant leurs nœuds; Et l’oiseau pour sa soif n’a d’autre eau que les gouttes — Pleurs amers du rocher – qui suintent des voûtes. Cependant ce désert a de puissants attraits Que n’ont point nos climats et nos sites plus frais, Où l’ombrage est opaque, où dans des vagues d’herbes Nagent à plein poitrail les génisses superbes : C’est que l’œil éternel brille dans ce ciel bleu, Et que l’homme est si loin qu’on se sent près de Dieu. Ô mère du génie! ô divine nourrice! Des grands cœurs méconnus pâle consolatrice, Solitude! qui tends tes bras silencieux Aux ennuyés du monde, aux aspirants des cieux, Quand pourrai-je avec toi, comme le vieil ermite, Sur le livre pencher ma tête qui médite? Plus loin, c’est Aligny, qui, le crayon en main, Comme Ingres le ferait pour un profil humain, Recherche l’idéal et la beauté d’un arbre, Et cisèle au pinceau sa peinture de marbre. Il sait, dans la prison d’un rigide contour, Enfermer des flots d’air et des torrents de jour, Et dans tous ses tableaux, fidèle au nom qu’il signe, Sculpteur athénien, il caresse la ligne, Et, comme Phidias le corps de sa Vénus, Polit avec amour le flanc des rochers nus. Voici la . – Une dernière étoile Madeleine Luit comme une fleur d’or sur la céleste toile : La grande repentie, au fond de son désert, En extase, à genoux, écoute le concert Que dès l’aube lui donne un orchestre angélique, Avec le kinnor juif et le rebec gothique. Un rayon curieux, perçant le dôme épais, Où les petits oiseaux dorment encore en paix, Allume une auréole aux blonds cheveux des anges, Illuminés soudain de nuances étranges, Tandis que leur tunique et le bout de leurs pieds Dans l’ombre du matin sont encore noyés. – Fauve et le teint hâlé comme Cérès la blonde, La campagne de Rome, embrasée et féconde, En sillons rutilants jusques à l’horizon Roule l’océan d’or de sa riche . moisson Comme d’un encensoir la vapeur embaumée,