Морис Метерлинк – L'oiseau bleu: Féerie en six actes et douze tableaux / Синяя птица. Книга для чтения на французском языке (страница 4)
LA FÉE. Mais tu ne vois donc pas?… C’est l’âme de Tylô que tu as délivrée…
LA CHATTE [
MYTYL. Bonjour, Madame… [
LA FÉE. C’est facile à voir; c’est l’âme de Tylette qui te tend la main… Embrasse-la…
LE CHIEN [
LA CHATTE. Monsieur, je ne vous connais pas…
LA FÉE [
[Cependant, la féerie a poursuivi son cours: le Rouet s’est mis à tourner vertigineusement dans son coin en filant de splendides rayons de lumière; la Fontaine, dans l’autre angle, se prend à chanter d’une voix sur-aiguë et, se transformant en fontaine lumineuse, inonde l’évier de nappes de perles et d’émeraudes, à travers lesquelles s’élance l’âme de l’Eau, pareille à une jeune fille ruisselante, échevelée, pleurarde, qui va incontinent se battre avec le Feu.]
TYLTYL. Et la dame mouillée?…
LA FÉE. N’aie pas peur, c’est l’Eau qui sort du robinet…
[Le Pot-au-lait se renverse, tombe de la table, se brise sur le sol; et du lait répandu s’élève une grande forme blanche et pudibonde qui semble avoir peur de tout.]
TYLTYL. Et la dame en chemise qui a peur?…
LA FÉE. C’est le Lait qui a cassé son pot…
[Le Pain-de-sucre26 posé au pied de l’armoire grandit, s’élargit et crève son enveloppe de papier d’où émerge un être doucereux et papelard, vêtu d’une souquenille mi-partie de blanc et de bleu, qui, souriant béatement, s’avance vers Mytyl.]
MYTYL [
LA FÉE. Mais c’est l’âme du Sucre!…
MYTYL [
LA FÉE. Mais il n’a que ça dans ses poches, et chacun de ses doigts en est un…
[La Lampe tombe de la table, et aussitôt tombée, sa flamme se redresse et se transforme en une lumineuse vierge d’une incomparable beauté. Elle est vêtue de longs voiles transparents et éblouissants, et se tient immobile en une sorte d’extase.]
TYLTYL. C’est la Reine!
MYTYL. C’est la Sainte Vierge!…
LA FÉE. Non, mes enfants, c’est la Lumière…
[Cependant, les casseroles, sur les rayons, tournent comme des toupies hollandaises, l’armoire à linge claque ses battants et commence un magnifique déroulement d’étoffes couleur de lune et de soleil, auquel se mêlent, non moins splendides, des chiffons et des guenilles qui descendent l’échelle du grenier. Mais voici que trois coups assez rudes sont frappés à la porte de droite.]
TYLTYL [
LA FÉE. Tourne le Diamant!… De gauche à droite!… [
LE PAIN [
LA FÉE [
LE PAIN [
LE CHIEN [
LA FÉE. Comment, toi aussi?… Tu es encore à?…
LE CHIEN. J’ai de la veine… Je n’ai pas pu rentrer dans le silence; la trappe s’est refermée trop vite.
LA CHATTE. La mienne aussi… Que va-t-il arriver?… Est-ce que c’est dangereux?
LA FÉE. Mon Dieu, je dois vous dire la vérité: tous ceux qui accompagneront les deux enfants, mourront à la fin du voyage…
LA CHATTE. Et ceux qui ne les accompagneront pas?…
LA FÉE. Ils survivront quelques minutes…
LA CHATTE [
LE CHIEN. Non, non!… Je ne veux pas!… Je veux accompagner le petit dieu!… Je veux lui parler tout le temps!…
LA CHATTE. Imbécile!…
LE PAIN [
LE FEU [
L’EAU [
LE SUCRE [
LE LAIT [
LA FÉE. Sont-ils bêtes, mon Dieu!… Sont-ils bêtes et poltrons!… Vous aimeriez donc mieux continuer de vivre dans vos vilaines boîtes, dans vos trap-pes et dans vos robinets que d’accompagner les enfants qui vont chercher l’Oiseau?…
TOUS [
LA FÉE [
LA LUMIÈRE. J’accompagnerai les enfants…
LE CHIEN [
LA FÉE. Voilà qui est des mieux. Du reste, il est trop tard pour reculer; vous n’avez plus le choix, vous sortirez tous avec nous… Mais toi, le Feu, ne t’approche de personne, toi, le Chien, ne taquine pas la Chatte, et toi, l’Eau, tiens-toi droite et tâche de ne pas couler partout…
[Des coups violents sont encore frappés à la porte de droite.]
TYLTYL [
LA FÉE. Sortons par la fenêtre… Vous viendrez tous chez moi, où j’habillerai convenablement les animaux et les phénomènes… [
[La fenêtre s’allonge brusquement, comme une porte. Ils sortent tous, après quoi la fenêtre reprend sa forme primitive et se referme innocemment. La chambre est redevenue obscure, et les deux petits lits sont plongés dans l’ombre. La porte à droite s’entr’ouvre, et dans l’entrebâillement paraissent les têtes du père et de la mère Tyl.] LE PÈRE TYL. Ce n’était rien… C’est le grillon qui chante…
LA MÈRE TYL. Tu les vois?…
LE PÈRE TYL. Bien sûr… Ils dorment tranquillement…
LA MÈRE TYL. Je les entends respirer…
ACTE DEUXIÈME
Deuxième tableau
Un magnifique vestibule dans le palais de la Fée Bérylune. Colonnes de marbre clair à chapiteaux d’or et d’argent, escaliers, portiques, balustrades, etc.
[Entrent au fond, à droite, somptueusement habillés, la Chatte, le Sucre et le Feu. Ils sortent d’un appartement d’où émanent des rayons de lumière; c’est la garde-robe de la Fée. La Chatte a jeté une gaze légère sur son maillot de soie noire, le Sucre a revêtu une robe de soie, mi-partie de blanc et de bleu tendre, et le Feu, coiffé d’aigrettes multicolores, un long manteau cramoisi doublé d’or. Ils traversent toute la salle et descendent au premier plan, à droite, où la Chatte les réunit sous un portique.]
LA CHATTE. Par ici. Je connais tous les détours de ce palais… La Fée Bérylune l’a hérité de Barbe-Bleue27… Pendant que les enfants et la Lumière rendent visite à la petite fille de la Fée, profitons de notre dernière minute de liberté… Je vous ai fait venir ici, afin de vous entretenir de la situation qui nous est faite… Sommes-nous tous présents?…
LE SUCRE. Voici le Chien qui sort de la garderobe de la Fée…
LE FEU. Comment diable s’est-il habillé?…
LA CHATTE. Il a pris la livrée d’un des laquais du carrosse de Cendrillon28… C’est bien ce qu’il lui fallait… Il a une âme de valet… Mais dissimulonsnous derrière la balustrade… Je m’en méfie étrangement… Il vaudrait mieux qu’il n’entende pas ce que j’ai à vous dire…
LE SUCRE. C’est inutile… Il nous a éventés… Tiens, voilà l’Eau qui sort en même temps de la garderobe… Dieu! qu’elle est belle!…