Морис Метерлинк – L'oiseau bleu: Féerie en six actes et douze tableaux / Синяя птица. Книга для чтения на французском языке (страница 6)
LA FÉE. Voyons, mes enfants, ne mangez pas trop de sucre. N’oubliez pas que vous souperez tout à l’heure chez vos grands-parents…
TYLTYL. Ils sont ici?…
LA FÉE. Vous allez les voir à l’instant…
TYLTYL. Comment les verrons-nous, puisqu’ils sont morts?…
LA FÉE. Comment seraient-ils morts puisqu’ils vivent dans votre souvenir?… Les hommes ne savent pas ce secret parce qu’ils savent bien peu de chose; au lieu que toi, grâce au Diamant, tu vas voir que les morts dont on se souvient sont aussi heureux que s’ils n’étaient point morts…
TYLTYL. La Lumière vient avec nous?…
LA LUMIÈRE. Non, il est plus convenable que cela se passe en famille… J’attendrai ici près pour ne point paraître indiscrète… Ils ne m’ont pas invitée.
TYLTYL. Par où faut-il aller?…
LA FÉE. Par là… Vous êtes au seuil du Pays du Souvenir. Dès que tu auras tourné le Diamant, tu verras un gros arbre muni d’un écriteau, qui te montrera que tu es arrivé… Mais n’oubliez pas que vous devez être rentré tous les deux à neuf heures moins le quart… C’est extrêmement important… Surtout soyez exacts, car tout serait perdu si vous vous mettiez en retard… À bientôt… [
[Elle sort à droite avec la Lumière, les animaux, etc., tandis que les enfants sortent à gauche.]
Troisième tableau
Un épais brouillard d’où émerge, à droite, au tout premier plan, le tronc d’un gros chêne muni d’un écriteau. Clarté laiteuse, diffuse, impénétrable.
[Tyltyl et Mytyl se trouvent au pied du chêne.]
TYLTYL. Voici l’arbre!…
MYTYL. Il y a l’écriteau!…
TYLTYL. Je ne peux pas lire… Attends, je vais monter sur cette racine… C’est bien ça… C’est écrit: «Pays du Souvenir».
MYTYL. C’est ici qu’il commence?…
TYLTYL. Oui, il y a une flèche…
MYTYL. Eh bien, ou qu’ils sont35, bon-papa et bonne-maman?
TYLTYL. Derrière le brouillard… Nous allons voir…
MYTYL. Je ne vois rien du tout!… Je ne vois plus mes pieds ni mes mains… [
TYLTYL. Voyons, ne pleure pas tout le temps, comme l’Eau… T’es pas honteuse?36 Une grande petite fille!… Regarde, le brouillard se lève déjà… Nous allons voir ce qu’il y a dedans…
[En effet, la brume s’est mise en mouvement; elle s’allège, s’éclaire, se disperse, s’évapore. Bientôt, dans une lumière de plus en plus transparente, on découvre, sous une voûte de verdure, une riante maisonette de paysan, couverte de plantes grimpantes. Les fenêtres et la porte sont ouvertes. On voit des ruches d’abeilles sous un auvent, des pots de fleurs sur l’appui des croisées, une cage ou dort un merle, etc. Près de la porte un banc, sur lequel sont assis, profondément endormis, un vieux paysan et sa femme, c’est-à-dire le grand-père et la grand’mère de Tyltyl.]
TYLTYL [
MYTYL [
TYLTYL [
[Grand’maman Tyl ouvre les yeux, lève la tête, s’étire, pousse un soupir, regarde grand-papa Tyl qui lui aussi sort lentement de son sommeil.]
GRAND’MAMAN TYL. J’ai idée que nos petits-enfants qui sont encore en vie viennent nous venir voir aujourd’hui…
GRAND-PAPA TYL. Bien sûr, ils pensent à nous; car je me sens tout chose et j’ai des fourmis37 dans les ambes…
GRAND’MAMAN TYL. Je crois qu’ils sont tout proches, car des larmes de joie dansent avant mes yeux…
GRAND-PAPA TYL. Non, non; ils sont fort oin… Je me sens encore faible…
GRAND’MAMAN TYL. Je te dis qu’ils sont là; ’ai déjà toute ma force…
TYLTYL et MYTYL [
GRAND-PAPA TYL. Là!… Tu vois!… Qu’est-ce que je disais! J’étais sûr qu’ils viendraient aujourd’hui…
GRAND’MAMAN TYL. Tyltyl! Mytyl!… C’est toi!… C’est elle!… C’est eux!… [
GRAND-PAPA TYL [
[Les grands-parents et les enfants s’embrassent follement.]
GRAND’MAMAN TYL. Que tu es grandi et for-ci, mon Tyltyl!…
GRAND-PAPA TYL [
GRAND’MAMAN TYL. Embrassons-nous encore!… Venez sur mes genoux…
GRAND-PAPA TYL. Et moi, je n’aurai rien?…
GRAND’MAMAN TYL. Non, non… À moi d’abord… Comment vont Papa et Maman Tyl?…
TYLTYL. Fort bien, bonne-maman… Ils dormaient quand nous sommes sortis…
GRAND’MAMAN TYL [
TYLTYL. Nous ne pouvions pas, bonne-maman; et c’est grâce à la Fée qu’aujourd’hui…
GRAND’MAMAN TYL. Nous sommes toujours à, à attendre une petite visite de ceux qui vivent… Ils viennent si rarement!… La dernière fois que vous êtes venus, voyons, c’était quand donc?… C’était à la Toussaint38, quand la cloche de l’église a tinté…
TYLTYL. À la Toussaint?… Nous ne sommes pas sortis ce jour-là, car nous étions fort enrhumés…
GRAND’MAMAN TYL. Non, mais vous avez pensé à nous…
TYLTYL. Oui…
GRAND’MAMAN TYL. Eh bien, chaque fois que vous pensez à nous, nous nous réveillons et nous vous revoyons…
TYLTYL. Comment, il suffit que…
GRAND’MAMAN TYL. Mais voyons, tu sais bien…
TYLTYL. Mais non, je ne sais pas…
GRAND’MAMAN TYL [
GRAND-PAPA TYL. C’est comme de notre temps… Les Vivants sont si bêtes quand ils parlent des Autres…
TYLTYL. Vous dormez tout le temps?…
GRAND PAPA TYL. Oui, nous dormons pas mal, en attendant qu’une pensée des Vivants nous réveille… Ah! c’est bien bon de dormir, quand la vie est finie… Mais il est agréable aussi de s’éveiller de temps en temps…
TYLTYL. Alors, vous n’êtes pas morts pour de vrai?…
GRAND-PAPA TYL [sursautant]. Que dis-tu?… Qu’est-ce qu’il dit?… Voilà qu’il emploie des mots que nous ne comprenons plus… Est-ce que c’est un mot nouveau, une invention nouvelle?…
TYLTYL. Le mot «mort»?…
GRAND-PAPA TYL. Oui; c’était ce mot-là… Qu’est-ce que ça veut dire?…
TYLTYL. Mais ça veut dire qu’on ne vit plus…
GRAND-PAPA TYL. Sont-ils bêtes, là-haut!…
TYLTYL. Est-ce qu’on est bien ici?…
GRAND-PAPA TYL. Mais oui; pas mal, pas mal; et même si l’on priait encore…