Евгений Шмурло – Вольтер и его книга о Петре Великом (страница 38)
Le commerce de la Perse n’est pas si ancien que celui de la Turquie, mais il ne lui cède en rien par rapport à son importance. Il n’y a rien à dire de tout cet intervalle, pendant lequel les Tatares, et avant eux les Polowzi, les Petschenegi, les Chazares, etc. ont été en possession des contrées méridionales de la Russie. S’il y a eu un commerce entre la Russie et la Perse en ce tems-là, il faut qu’il ait été fait par l’entremise de ces peuples. Heureusement le Zar Iwan Wasiliewitsch fit en 1552 la conquête de Casan, et en 1554 celle d’Astracan, qui fut suivie de la prise de Terki. S’étant ainsi frayé le chemin de la mer Caspienne, il conçut l’idée d’un commerce immédiat à établir avec la Perse, et il fut bien aise que les Anglois, qui par l’établissement de leur commerce à Archangel s’étaient insinués dans ses bonnes grâces, lui demandèrent la permission d’en faire le premier essai, ce qu’il leur accorda. Ainsi la bannière de St-George, comme parle un auteur Anglois, fut déployée la première fois sur la mer Caspienne. Antoine Jenkinson alla en 1557 en Boukharie et en 1561 en Perse. Les premiers essais de cette espèce ne réussissent guère. L’avantage que Jenkinson tira de ses ouvrages ne fut pas tant pour lui, que pour les Russiens, à qui il apprit qu’il fallait avant toutes choses connaître le païs et faire une convention avec le Schach, pour s’assurer de sa bonne volonté et pour n’être pas incommodé par les peuples habitués [sic] sur la route. Cet avis fut suivi par le Zar, qui reconnut à sa grande satisfaction, que les Persans avaient le même désir de faire avec les Russiens un commerce réglé, parce qu’ils espéraient de pouvoir se défaire de cette façon des productions de leur païs plus aisément qu’ils ne l’avaient fait par la voye d’Aleppo et de Smirna et acquérir les marchandises étrangères à meilleur marché. Après que les deux cours se fussent envoyé réciproquement des ambassadeurs, les marchands, tant Russiens que Persans, commencèrent déjà à profiter de cette heureuse union, lorsque les Cosaques du Don, attirés par l’espérance de butin, se transportèrent en grand nombre sur la Volga, et l’infestèrent tellement par leurs brigandages, que le parti le plus sûr pour les particuliers était d’abandonner ce commerce, ou de le remettre à un tems plus favorable. Mais le Zar ne se borna pas là. Il envoya des troupes contre les brigands, avec un si bon succès, que plusieurs en furent pris et châtiés, et les autres dispersés. Cela se fit en 1577. La sûreté de la navigation rétablie, les Anglois, octroyés par le Zar, firent une seconde tentative en faveur du commerce de la Perse. Christophe Burrough construisit en 1579 un vaisseau à Nischnei Nowgorod, le chargea de marchandises tant Russiennes qu’Angloises et alla par la mer Caspienne à Bakou. Il vendit dans cette ville une partie de sa charge, et porta le reste à Derbent, après que son vaisseau eut péri sur les côtes de Nisabat. S’étant pourvu de soyes crues, il s’embarqua à son retour sur un vaisseau, qui vraisemblablement était bien mal conditionné. Aussi se brisa-t-il entre les glaces à l’approche de l’embouchure de la Volga. Après bien de fatigues et de dangers, Burrough revint à Londres en 1581. Dans ce tems les Turcs étaient en possession de toute la côte occidentale de la mer Caspienne, qu’ils avaient conquise en 1557. Le Zar Feodor Iwanowitsch leur en enleva une partie en 1594, et bâtit la ville de Koisa, sur la rivière de ce nom. Son succésseur, Boris Godounow, étendit ces conquêtes jusqu’à Tarkou, à résidence du Prince de Daguestan, nommé Schemchal. Il voulut la fortifier à la manière européenne, lorsque les Turques, aidés par les Circassiens révoltés, repoussèrent les troupes Russiennes jusqu’à Terki. La ville de Koisa fut obligée de se rendre et fut démolie. Les démêlés portèrent le Schach Abbas Ier, grand ennemi des Turcs, à rechercher en 1604 l’amitié du Zar Boris par une ambassade, où les offres d’un commerce libre dans tous les Etats du Schach ne furent pas oubliées. La réception magnifique de l’ambassadeur persan fit voir jusqu’à quel point sa commission était agréable au Zar. Il faut avouer, qu’avec les mauvaises qualités de ce Prince, qui rendent sa mémoire détestable, il en avait aussi de fort bonnes. Doué d’un esprit supérieur, il connaissait parfaitement le fort et le faible de sa nation et il fit tout son possible pour rendre l’état florissant par l’acroissement du commerce, et par l’introduction des arts et des sciences. Malheureusement la fortune ne le seconda pas assés pour voir la réussite des ses bonnes intentions. Après les troubles, qui déchirèrent la Russie pendant plusieurs années, le Zar Michel Féodorowitsch, de glorieuse mémoire, fit revivre le commerce avec un succès digne de la douceur de son gouvernement. Du côté de la Perse les Anglois voulurent encore en participer et envoyèrent en 1626 au Schach en ambassade le Chevalier Robert Shirley, qui trouva le Prince très en faveur de sa nation. Si les Anglois ont éxécuté alors leur dessein ou non, c’est ce qu’on ignore. Peu de tems après, le Duc Frédéric de Holstein forma le projet d’un commerce avec la Perse par la voie de la Russie. C’est l’objet des ambassades décrites par Oléarius. La première se fit en 1635 en Russie et la seconde en 1636 en Perse. Tout paraissait être bien concerté, quoique cela n’ait point eu de suites. De quelques anecdotes rapportées dans les mémoires de Chanut on peut conclure les raisons qui ont fait abandonner ce projet. Cependant les Holsteiniens bâtirent dans les environs de Nischnei-Nowgorod un vaisseau, avec lequel ils firent le voyage par la mer Caspienne. Ils vinrent jusqu’à Nisabat. Là le vaisseau se brisa sur les côtes, tout de même comme avait fait le vaisseau anglois, dont nous avons parlé. Pendant ces tentatives des étrangers, les Russiens ne laissèrent pas d’exercer le commerce de la Perse, autant que leurs petits navires, construits à l’ancienne façon, le permettaient. Le Zar Alexis Michaïlowitsch, aiant appris le danger qu’on courait avec ces navires sur la mer Caspienne et les pertes qu’on faisait tous les jours, fit construire un vaisseau à la Hollandoise par des ouvriers, qu’il fit venir de Hollande. Il en fit venir aussi un capitaine, qui devait commander le vaisseau. Par ordre de feu l’Empereur Pierre le Grand, les noms du capitaine et du constructeur ont été éternisés dans la préface du règlement de Marine. Le premier s’appelait David Butler et le second Carstens Brand. Le vaisseau avait le nom de l’Aigle. Aiant été construit et équipé sur la rivière d’Occa, à Dedilow, ou Dedinowa (car on trouve ce nom écrit diversement), le capitaine Butler en prit le commandement et le conduisit à Astracan en 1669. Le dessein était de se servir de ce vaisseau tant pour le transport des marchands et des marchandises par la mer Caspienne, que pour protéger le commerce contre les insultes des Cosaques, qui depuis trois ans avaient recommencé à infester la dite mer par leurs brigandages. Peut être que la renommée d’un vaisseau comme celui-ci, muni de canons et de gens armés, contribua quelque chose à disposer les Cosaques à se soumettre, puisque cela se fit la même année, quoique d’ailleurs cet événement soit communément attribué à la famine qui succéda au pillage, exercé sur les côtes de la Perse. Car ces deux raisons peuvent fort bien subsister ensemble. Mais cette tranquillité ne fut pas de longue durée. L’année suivante les Cosaques se révoltèrent de nouveau. Rien ne put alors retenir leur rage. Je parle de la fameuse rébellion de Stenka Rasin. Les villes situées sur les bords de la Volga et entre autres Astracan, en souffrirent infiniment. Le vaisseau l’Aigle fut brûlé par les rebelles, l’équipage tué ou dispersé. On lit dans la préface susmentionné du Règlement de Marine, que le capitaine Butler fut tué à Astracan par les rebelles. C’est une erreur. Il se sauva en Perse. Je le sçai par son journal, dont il se trouve une traduction russe en manuscrit dans la Bibliothèque Impériale. Ce qu’il est devenu après, je l’ignore. Le chirurgien du vaisseau, Jean Termond, qui l’avait accompagné dans sa suite, le constructeur ou charpentier Carstens Brand et un connétable furent les seuls, qui en sont revenus à Moscou. Aussi paraît-il que c’est par erreur qu’il est dit dans la même préface, que le Zar avait fait construire à Dedinowa deux bâtiments, savoir un vaisseau et un yacht, ou une galliote. Le journal du capitaine Butler ne dit pas un mot du yacht. Il marque seulement, qu’en 1670, au commencement de la seconde rébellion de Stenka, il était arrivé un ordre à Astracan de reconduire le vaisseau, nommé l’Aigle vers Moscou et que le gouverneur de la ville avait alors ordonné de construire une grande chaloupe, pour que les mariniers puissent mieux se défendre contre les insultes des Cosaques. Mais se persuadera-t-on que l’auteur de la préface, parlant du yacht, a eu en vue cette chaloupe? Encore n’est-il guère vraisemblable, qu’on ait eu le tems de la construire. Ainsi les bonnes intentions du Zar Alexis furent frustrées. Le commerce de la Perse resta dans l’état où il était, jusqu’au règne de Pierre le Grand, qui ne put même porter d’abord ses vues de ce côté-là. Le négoce de marchands Russiens, qui allèrent par mer jusqu’à Nisabat, et de là par terre à Schamachie, se faisait sans conduite. Leurs vaisseaux échouaient souvent sur les côtes, et les caravanes étaient extrêmement incommodées par les peuples peu civilisés avec lesquels on avait à faire. On prétend qu’en 1712 un certain Yefremow avait perdu 200 mille roubles au pillage que les Lesgi firent de la ville de Schamachie. Ces traverses ne purent que dégoûter les Russiens, comme au contraire les Arméniens se fortifièrent dans ce commerce, desquels bon nombre de familles s’étaient domiciliées à Astracan pour cet effet. Ceux-ci, aiant leurs comptoirs en Perse également comme en Russie, et connaissant d’ailleurs le païs et la langue, avaient effectivement plusieurs avantages, dont les Russiens manquaient. C’est pour-quoi Pierre Ier conclut une convention avec eux, dont il est parlé dans les Oukases du 22 May 1716, du 6 Juin 1719 et du 26 Juillet 1720. Je ne trouve pas en quelle année cette convention a été faite. Mais il est certain qu’elle est antérieure à l’année 1711. L’article principal concernait les soyes de la Perse. Tout ce qui en croîtrait dans les états du Schach, devait être transporté en Russie, sans que rien n’en passât en Turquie. Le Schach y consentit. Il accorda même aux Arméniens un privilège exclusif par rapport à ce commerce, et il défendit à tous ces sujets de ne vendre leurs soyes qu’à eux. De l’autre côté ils furent considérablement soulagés par le Zar dans la paye des douanes. Et quand ils arrivèrent à Astracan ou à Terki, on leur donnait des escortes pour leur sûreté; ce qui ne s’était jamais pratiqué auparavant avec aucuns autres marchands étrangers. Outre cela, ils obtinrent en 1711 le privilège d’être exempts de tous droits pour les pierres précieuses et les perles qu’ils apporteraient en Russie. Mais les Arméniens satisfirent mal à leurs engagements. On apprit de bonne main, qu’ils faisaient eux-mêmes passer quantité de soye en Turquie. Non contents de faire le commerce en gros, comme il était stipulé, ils entreprirent aussi de le faire en détail, et établirent pour cet effet des boutiques, où ils vendaient toutes sortes de marchandises. Pour ces raisons ils furent privés de leurs privilèges en 1719, qu’ils recouvrèrent pourtant en grande partie en 1720. L’ambassade de Mr. Wolinski en 1715 ne paraît avoir eu autre objet que le commerce: on en saura d’avantage, quand on s’informera plus particulièrement des instructions de ce ministre. Quelques écrivains étrangers prétendent, que la réparation de la perte des Russiens au pillage de Schamachie a été du nombre. Cela se peut. Mais quand ils débitent, qu’on avait obtenu par sa négociation un libre passage pour les caravanes de la Chine par les états de la Perse, cela ne s’accorde pas avec la vérité. Car il est constant, que les caravanes de la Chine ne peuvent prendre d’autre chemin plus commode et plus sûr, que celui, par lequel elles passent ordinairement, c’est-à-dire par la Sibérie. Peut-être a-t-on voulu parler des caravanes destinées pour la Boukharie et les Indes, que Pierre Ier pensait de mettre en vogue. Pendant le séjour de Mr. Wolinski en Perse, la fameuse rébellion des Afghuans commença à Candahar. Miriveis, qui en était l’auteur, mourut en 1717. Son fils, Miri-Mahmoud, la porta jusque dans le cœur du royaume. Si l’ambassade de Mr. Wolinski a été infructueuse, il faut l’attribuer à ces troubles. Après son retour, qui fut en 1720, les Lesgi firent une nouvelle invasion dans le Schirvan, et ravagèrent toute la province. La cour d’Ispahan ne se mettant pas en peine ni de punir les malfaiteurs, ni de protéger ceux qui étaient opprimés injustement, il en résulta, que les rebelles, enhardis par cette indolence, ne tardèrent plus de se montrer devant la capitale. Dans cette fâcheuse situation, le Schach implora le secours de Pierre le Grand, et ce Monarque s’y prêta d’autant plus volontiers, qu’il craignit la ruine totale du commerce de ses sujets avec les provinces Persanes, situées sur la mer Caspienne, si elles tombaient dans les mains des rebelles, ou si les Turcs, aidés des Lesgi et autres peuples du Caucase, s’en emparaient. Derbent, Bakou et le païs de Gilan furent réduits sous l’obéissance des Russiens dans les années 1722 et les suivantes et ils furent cédés à la Russie par les traités de paix, conclus à St-Pétersbourg avec l’ambassadeur Persan Ismael Bey le 12 Septembre 1723 et à Rescht avec les plénipotentiaires du Sultan Eschref le… 1728. On n’oublia pas de faire construire des navires plus propres au transport des troupes, des provisions et des marchandises, que ne l’étaient ceux, dont on s’était servi auparavant. Dans ce dessein le sage Empereur établit à Casan une espèce d’Amirauté, qui eut fort bon succès. Au lieu que les vaisseaux avant ce tems-là allaient à Nisabat, et y chargeaient les soyes de Schirvan, ils allaient après la conquête en droiture au Gilan, où cette marchandise est en plus grande abondance et de meilleure qualité. Mais on trouva à propos de rendre ces conquêtes quelque temps après aux Persans, de sorte qu’on leur céda le 21 Janvier 1732 toutes les provinces au-delà du fleuve Kur, nommé anciennement Cyrus, et en 1735 le reste jusqu’à la rivière de Terki. Cependant le commerce alla son train, et il fut même considérablement augmenté par les Anglois, qui obtinrent pour cela la permission de l’Impératrice Anne, en vertu du 8 article du traité de commerce, conclu en 1734 entre la Russie et Grande Bretagne. Si jamais les circonstances leur favorisaient, ce fut dans ce tems-là. Ils avaient longtems recherché inutilement cette permission du vivant de Pierre Ier, témoins des propositions que les ministres Anglois firent en 1716 à la Haye au Prince Boris Iwanowitsch Kourakin, qui furent depuis réitérées plusieurs fois, et constamment refusées. On se dispensera donc d’ajouter foi à ce que dit Mr. Hanvay, que l’Empereur avait invité en 1718 par un édit tous les étrangers à prendre part au commerce de la Perse. II est plutôt visible, que ce sage Monarque a voulu réserver le profit à tirer des soyes de ce païs uniquement à ses propres sujets et aux manufactures qu’il s’était proposé d’établir dans son empire. Pour être court sur ce qui me reste à dire, touchant le commerce des Anglois, je renvois le lecteur au livre de Mr. Hanvay. On y trouve le premier essai fait en 1739 par le capitaine Elton et l’établissement de deux factories Angloises à Rescht en Gilan en 1742. On y voit aussi que deux vaisseaux furent construits par les Anglois à Casan, et que ces vaisseaux, employés mal à propos pour les besoins du Schach Nadir, mais surtout la démarche du capitaine Elton, qui s’engagea au service du Schach pour construire des vaisseaux sur la mer Caspienne, portèrent en 1746 la cour de Russie à révoquer la permission, donnée aux Anglois, qui en restent privés jusqu’à présent. Depuis ce tems-là les marchands Russiens et Arméniens continuent ce commerce, autant que le déplorable état de la Perse après la mort du Schach Nadir le permet. On peut dire en général qu’il n’est pas à beaucoup près aussi florissant, qu’il l’était avant cette révolution. Car c’est elle qui a réduit presque tous les Persans à la besace, et surtout ceux qui habitent les provinces voisines de la mer Caspienne.