Евгений Шмурло – Вольтер и его книга о Петре Великом (страница 37)
On veut savoir le nombre des troupes régulières qu’on a entretenu, et celui qu’on entretient.
RÉPONSE. Avant Pierre Ier on a eu peu de troupes régulières en Russie. Les strelzi, espèce de mousquetaires de l’institution du Zar Iwan Wasiliewitsch, qui ont duré jusqu’à la fin du siècle précédent, peuvent à peine porter ce nom, parce que les règles de leur institution et leur manière de faire la guerre, différaient peu de celles des Cosaques, quoique d’ailleurs ils en différaient pour leur service, étant employés dans les garnisons sur les frontières, et parce qu’ils recevaient perpétuellement de la solde. Le Zar Alexei Michailowitsch établit le premier quelques régimens d’infanterie et de cavalerie sur le pied des autres nations de l’Europe, dont il fit expliquer les fonctions et les excercices en Russie dans un livre, imprimé à Moscou en 1647 folio. Mais comme on ne pouvait donner d’abord toute la perfection à ce nouvel établissement, il déchut peu à peu après la mort de ce monarque, et Pierre Ier se trouva obligé de commencer comme de nouveau, quand par les fréquentes séditions des strelzi il reconnut la grande utilité, même la nécessité des troupes régulières. Les deux régimens des gardes Preobraschenski et Semonowski furent érigés en 1690. Soit qu’il n’y eut encore en ce tems-là aucun corps d’artillerie bien réglé en Russie, ou que l’Empereur ne se fiât pas trop à celui qu’il y avait, il trouva bon de combiner avec le premier desdits régimens une institution, qui devait représenter un tel corps, et qui le représenta en effet fort bien. C’était la compagnie des bombardiers, dont on a toujours connu la valeur.
C’est elle, qui de nos jours, a donné des marques d’intrépidité et de fidélité toute particulières, en assistant la plus digne héritière du Grand Empereur à son avènement au trône. En 1699 et 1700 on eut une armée toute entière nouvellement formée, avec un nouveau corps d’artillerie séparé. On s’en promit beaucoup pour le nombre. Mais l’expérience fit voir, que la science de la guerre y manquait encore, ce qu’on peut se figurer sans peine, parce que non seulement les soldats, mais aussi le plus grand nombre des officiers étaient tous nouveaux, vu qu’on ne pouvait pas avoir d’abord des officiers étrangers en assez grand nombre. C’était le premier siège de Narva en 1700, qui fit sentir cette expérience triste à la vérité, pour le manquement du coup, et pour la perte de tant de bonnes gens, mais très utile à l’empire de Russie pour le changement des maximes, qu’il fit naître. Le privilège donné aux étrangers en 1702 par une lettre patente, signée par l’Empereur et publiée à Moscou le 16 avril, et les soins du général Patkul, qui se servait très utilement des promesses du Prince en Allemagne, pour attirer des officiers habiles dans le service de la Russie; ce privilège, dis-je, mit bientôt l’armée dans un état bien différent du premier. Elle fut augmentée considérablement par de nouvelles levées, principalement en 1703, 1708, 1711, 1713, 1715, 1716, 1717, 1719, 1721, 1723, lorsque des occasions extraordinaires, comme le second siège de Narva en 1704, l’irruption des Suédois en 1708, la guerre contre les Turcs en 1711, l’expédition de la Perse en 1721, ou d’autres nécessités le demandèrent. En 1706 l’armée reçut son premier règlement et en 17.. celui, qui subsiste encore aujourd’hui. Pour savoir le nombre des troupes, que Pierre Ier a entretenu, et celui, que la Russie entretient à présent, on n’a qu’à s’adresser là-dessus au Collège de Guerre.
Quel a été le commerce de la Russie avant Pierre Ier et comment il s’est étendu?
RÉPONSE. La Russie a été célèbre de tout tems pour son commerce. Pour commencer par celui de la Grèce, comme du plus ancien, il a été facilité par les grandes rivières, qui se jettent d’un côté dans la mer Baltique, et de l’autre dans le Pont-Euxin, ou la mer Noire, ce qui n’a pas peu contribué à rendre l’état florissant dès le commencement de la monarchie. Tous les peuples du nord prenaient part à ce commerce. Pour aller en Grèce, il n’y avait pas de chemin plus court et plus commode, que celui de la Russie. Souvent celle-ci fournissait aux marchands étrangers, qui avaient des-sein d’aller en Grèce, des marchandises grecques en assés grande quantité, sans qu’ils eussent besoin de passer outre. Par-là on peut expliquer la source de l’erreur, qu’on trouve dans les historiens septentrionaux, lorsqu’ils parlent de la Russie sous le nom de la Grèce. Par-là on entend aussi la raison des grandes foires de l’ancienne Holmgard (c’est-à-dire de la ville de Nowgorod), dont les mêmes historiens font mention comme de très abondantes en riches marchandises. Le traité de paix, conclu entre Oleg, Grand-Duc de Russie et l’Empereur Léon en 912, et surtout celui du Grand-Duc Igor avec l’Empereur Roman en 945, tels qu’ils ont été rapportés par Nestor, historien de Russie du XIesiècle, prouvent la grande liaison qu’il y avait entre la Russie et la Grèce, et qui ne pouvait mieux être cultivée, que par la liberté de commerce, établie par ces mêmes traités. Il est vray, qu’elle fut de tems en tems troublée par des guerres. Mais les Grecs, aient beaucoup plus d’inclination pour le commerce, que pour les conquêtes, eurent toujours soin d’apaiser les Russiens par de grands présents. Et ainsi le commerce eut son cours jusques autant que les nations étrangères, en occupant le milieu entre les deux nations commerçantes, n’y mirent point d’obstacle. Les Chazares furent les premiers de ces étrangers, auxquels en 969 succédèrent les Pazinacites, nommés par les Russiens Petschenegi, qui tuèrent le Grand-Duc Swetoslaw. Ce fut ce Prince, qui, voulant transférer le siège de son empire à Perejaslaw, ville située sur le Danube, fit connaître que la commodité du commerce était le seul motif de sa résolution. Perejaslaw, disait-il, est comme le centre, où je puis avoir tout ce qu’il me faut. Les Grecs y apportent de l’or, du vin, des fruits, des grains, des étoffes, etc. Les Czechi (Bohémiens) et les Hongrois me procurent de l’argent et des chevaux; de la Russie je tire du miel, de la cire et des esclaves. Il ne parla pas de la Pologne, parce qu’une grande partie de ce royaume, qui ne portait pas encore ce nom dans ce tems-là, lui appartenait en propre, et était compris sous le nom de Russie. Les Pazinacites étant suivis en 1061 par les Polowzi, et ceux-ci en 1224 par les Tatares, la Russie, divisée en plusieurs principautés, dont les possesseurs se faisaient continuellement la guerre les uns aux autres, fut la proye de ce dernier peuple, qui y domina pendant presque trois siècles. Cela ne pouvait être avantageux au commerce. Outre cela, la ville de Kiew, avec son territoire fut occupée en 1320 par les Lithuaniens, ennemis jurés des Russiens, ce qui ruina de fond en comble le commerce des derniers pour la Grèce, parce qu’ils étaient exclus par-là du Boristhène, ou Dnieper, par le moyen duquel se faisait la navigation. Pendant ces entrefaites, les Génois se mirent en possession de la ville d’Asow et fournissaient aux Russiens les marchandises de la Grèce, qui commençaient à manquer aux derniers par la raison, qu’on vient de marquer. Je ne trouve pourtant pas, que les Gênois et les Russiens ayent commercé ensemble immédiatement. C’était plutôt les Tatares qui apportaient aux Gênois ce de quoi ils avaient besoin des marchandises de la Russie et qui revendaient aux Russiens les marchandises reçues en…. des Gênois. Cela dura jusqu’à la prise d’Asow par Temir Axac en 1392, époque très funeste pour le commerce de ce païs, parce que tous les Gênois et autres chrétiens furent tués dans cette ville, et leurs maisons pillées et mises en cendre. La conquête faite par les Tatares de la Chersonèse Taurique, appelée depuis la Crimée, en fut une suite. Quelque tems après, la Grèce aiant changé de maître, son commerce devint celui de la Turquie. La Crimée reconnut la souveraineté de la Porte. Asow fut cédé aux Turcs. Mais ce n’était pas le moyen de rétablir le commerce. Les raisons en sont visibles. L’appauvrissement des Grecs, qui ne purent fournir aux dépenses de la navigation, l’éloignement des Gênois et le brigandage des Tatares, possesseurs de la Crimée et des côtes de la mer Noire, produisirent naturellement cet effet. Les Grecs, comme les Russiens, s’ils voulaient trafiquer ensemble, étaient obligés de faire de grands détours par terre, en quoi la réduction de l’Ukraine sous la domination Russienne, et même la prise d’Asow par Pierre le Grand ne firent pas de changement. L’Empereur eut beau vouloir rétablir la navigation sur la mer Noire, il n’y réussit que par rapport aux vaisseaux de guerre, les Russiens manquant de vaisseaux marchands, et les Turcs refusant par jalousie d’y prêter la main. La ville d’Asow fut rendue aux Turcs. Elle fut reconquise et rendue une seconde fois, sans que les affaires changeassent de face. L’accomplissement des souhaits de Pierre le Grand paraît être réservé à son Auguste Héritière, qui a la satisfaction d’en voir un bon commencement du commerce, qui se fait depuis quelques années à Temernikow, petite ville de Cosaques, sur le Don, entre Tscherkaski et Asow, où les marchands grecs et turcs se rendent par la mer Noire, et y font leur négoce avec les marchands Russiens, qui y apportent les marchandises de débit pour la Turquie. Cependant le trafic par terre continue aussi, principalement par le moyen des Grecs, établis en Ukraine dans la ville de Neschin. D’ailleurs les Cosa-ques et les bourgeois de l’Ukraine vont aussi négocier par terre avec les Tatares de la Crimée.