София Сегюр – Les vacances / Каникулы. Книга для чтения на французском языке (страница 3)
Enfin Léon s’avança vers lui.
Pourquoi et de quoi ris-tu?
Je ris de vous tous et de vos airs étonnés.
Mais, mon petit Jacques, comment as-tu pu faire tout cela, et comment as-tu eu la force de porter ces lourds piquets et ces lourdes planches?
Marguerite et Sophie m’ont aidé.»
Léon et Jean hochèrent la tête d’un air incrédule; ils tournèrent autour de la cabane, regardèrent partout d’un air méfiant, pendant que Camille et Madeleine s’extasiaient devant l’habileté de Jacques et admiraient la promptitude avec laquelle il avait travaillé.
À quelle heure t’es-tu donc levé, mon petit Jacques?
À cinq heures, et à six j’étais ici avec mes piquets, mes planches et tous mes outils. Tenez, mes amis, prenez les outils maintenant: chacun son tour.
Non, Jacques, continue, nous voudrions te voir travailler, pour prendre des leçons de ton grand génie.»
Jacques jeta à Marguerite et à Sophie un coup d’œil d’intelligence et répondit en riant:
«Mais nous travaillons depuis longtemps, et nous sommes fatigués. Nous allons à présent courir après les papillons.
Pour vous reposer sans doute?
Précisément, pour nous reposer les mains et l’esprit.»
Et ils partirent en riant et en sautant.
Léon les regarda s’éloigner et dit:
«Ils ne ressemblent guère à des gens fatigués.»
Au même instant Camille et Madeleine se rapprochèrent avec inquiétude de Léon et de Jean.
J’ai entendu les branches craquer dans le buisson.
Et moi aussi; entendez-vous? On s’éloigne avec précaution.»
Pendant que Léon reculait en s’éloignant prudemment du buisson et des bois, Jean saisissait le maillet de Jacques et s’élançait devant ses cousines pour les protéger.
Ils écoutèrent quelques instants et n’entendirent plus rien. Léon alors dit d’un air mécontent:
«Vous vous êtes trompées; il n’y a rien du tout. Laisse donc ce maillet[21], Jean; tu prends un air matamore[22] en pure perte; il n’y a aucun ennemi pour se mesurer avec toi.
Merci, Jean; s’il y avait eu du danger, tu nous aurais défendues bravement.
Léon, pourquoi plaisantes-tu du courage de Jean? Il pouvait y avoir du danger, car je suis sûre d’avoir entendu marcher avec précaution dans le fourré, comme si on voulait se cacher.
Je préfère la prudence du serpent au courage du lion.
Il est certain que c’est plus sûr.»
Camille, qui pressentait une dispute, changea la conversation en parlant de leur cabane. Elle demanda qu’on choisît l’emplacement; après bien des incertitudes, ils décidèrent qu’on la bâtirait en face de celle de Jacques. Ensuite ils allèrent chercher des pièces de bois et les planches nécessaires pour la construction. Ils firent leur choix dans un grand hangar où il y avait du bois de toute espèce. Ils chargèrent leurs planches et leurs piquets sur une petite charrette à leur usage; Léon et Jean s’attelèrent au brancard, Camille et Madeleine poussaient derrière, et ils partirent au trot, passant en triomphe devant Jacques, Marguerite et Sophie, qui couraient dans le pré après les papillons; ceux-ci allèrent se ranger en ligne au coin du bois et leur présentèrent les armes avec leurs filets à papillons, tout en riant d’un air malicieux. Jean, Camille et Madeleine rirent aussi d’un air joyeux; Léon devint rouge et voulut s’arrêter; mais Jean tirait, Camille et Madeleine poussaient, et Léon dut marcher avec eux.
Bientôt après, la cloche du déjeuner se fit entendre[23]; les enfants laissèrent leur ouvrage et montèrent pour se laver les mains, donner un coup de peigne à leurs cheveux et un coup de brosse à leurs habits.
On se mit à table: M. de Traypi demanda des nouvelles des cabanes.
«Marchent-elles bien, vos constructions? Êtes-vous bien avancés, vous autres grands garçons? Quant à mon pauvre Jacquot, je présume qu’il en est encore au premier piquet. Hé, Léon?
Mais, non, mon oncle; nous ne sommes pas très avancés; nous commençons seulement à placer les quatre piquets des coins.
Et Jacques, hé, où en est-il?
Je ne sais pas comment il a fait, mais il a déjà commencé comme nous.
Dis donc aussi qu’il est bien plus avancé que vous autres, grands et forts, puisqu’il cloue déjà les planches des murs.
Ha! ha! Jacques n’est donc pas si mauvais ouvrier que tu craignais hier, Léon?»
Léon ne répondit rien et rougit. Tout le monde se mit à rire; Jacques, qui était à côté de son père, lui prit la main et la baisa furtivement. On parla d’autres choses; de bons gâteaux avec du chocolat mousseux mirent la joie dans tous les cœurs et dans tous les estomacs. Après le déjeuner, les enfants voulurent mener leurs parents dans leur jardin pour voir l’emplacement et le commencement des maisonnettes, mais les parents déclarèrent tous qu’ils ne les verraient que terminées; ils firent alors ensemble une petite promenade dans le bois, pendant laquelle Léon arrangea une partie de pêche.
«Jean et moi, dit-il, nous allons préparer les lignes et les hameçons[24]; en attendant, allez, je vous prie, mes chères cousines, demander des vers au jardinier; vous les ferez mettre dans un petit pot pour qu’ils ne s’echappent pas.»
Camille et Madeleine coururent au jardin, où leurs cousins ne tardèrent pas à les rejoindre[25]; en quelques minutes le jardinier leur remplit un petit pot avec des vers superbes, et ils allèrent à la pièce d’eau, où ils trouvèrent Jacques, Marguerite et Sophie, qui avaient préparé un seau pour y mettre les poissons et du pain pour les attirer.
La pêche fut bonne; vingt et un poissons passèrent de la pièce d’eau dans le seau qui était leur prison de passage; ils ne devaient en sortir que pour périr par le fer et par le feu de la cuisine. La pêche était déjà bien en train, et l’on ne s’était pas encore aperçu que Jacques s’était esquivé. Madeleine fut la première qui remarqua son absence,mais elle ajouta:
«Il est probablement rentré pour arranger ses papillons.
– Les papillons qu’il n’a pas pris», dit Marguerite en riant, à l’oreille de Sophie.
Sophie lui répondit par un signe d’intelligence et un sourire.
«Qu’est-ce qu’il y a donc? dit Léon d’un air soupçonneux. Je ne sais pas ce qu’elles complotent, mais elles ont depuis ce matin, ainsi que Jacques, un air riant, mystérieux, narquois, qui n’annonce rien de bon.
Pour vous ou pour nous?
Pour tous; car, si vous nous jouez des tours[26] à Jean et à moi, nous vous en jouerons aussi.
Oh! ne me craignez pas, mes chères amies: jouez-moi tous les tours que vous voudrez, je ne vous les rendrai jamais.
Que tu es bon, toi, Jean! Marguerite en allant à lui et lui serrant les mains. Ne crains rien, nous ne te jouerons jamais de méchants tours.
Et nous sommes bien sûres que vous nous permettrez des tours innocents.
Ah! il y en a donc en train? Je m’en doutais[27]. Je vous préviens que je ferai mon possible pour les déjouer[28].
Impossible, impossible; tu ne pourras jamais.
C’est ce que nous verrons.
Voilà près de deux heures que nous pêchons, nous avons plus de vingt poissons; je pense que c’est assez pour aujourd’hui. Qu’en dites-vous, mes cousines?
Léon a raison; retournons à nos cabanes, qui ne sont pas trop avancées; tâchons de rattraper Jacques, qui est le plus petit et qui a bien plus travaillé que nous.
C’est précisément ce que je ne peux comprendre, Sophie, toi qui travailles avec lui, dis-moi donc comment il se fait[29] que vous ayez fait l’ouvrage de deux hommes, tandis que nous avons à peine[30] enfoncé les piquets de notre maison.
Mais…, je ne sais,… je ne peux pas savoir.
C’est tout bonnement parce que nous sommes très bons ouvriers, très actifs, que nous ne perdons pas une minute, que nous travaillons comme des nègres.
Savez-vous, mes amis, ce que nous faisons, nous autres? Nous ne faisons rien et nous perdons notre temps. Je suis sûre que Jacques est à l’ouvrage pendant que nous nous demandons comment il a fait pour tant avancer.
– Alons voir, allons voir, s’écrièrent tous les enfants, à l’exception de Marguerite et de Sophie.
– Il faut d’abord ranger nos lignes et nos hameçons, dit Sophie en les retenant.
– Et porter nos poissons à la cuisine dit Marguerite.
Et puis les faire cuire nous-mêmes, pour donner à Jacques le temps de finir.
Attendez, je vais voir où il est.»
Et il voulut partir en courant, mais Sophie et Marguerite se jetèrent sur lui pour l’arrêter. Jean se débattait doucement en riant; Camille et Madeleine accoururent pour lui venir en aide. Marguerite se jeta à terre et saisit une des jambes de Jean.
«Arrête-le, arrête-le; prends lui l’autre jambe», cria-t-elle à Sophie. Mais Camille et Madeleine se précipitèrent sur Sophie, qui riait si fort qu’elle n’eut pas la force de les repousser. Marguerite, tout en riant aussi, s’était accrochée aux pieds de Jean, qui lui aussi, riait tellement qu’il tomba le nez sur l’herbe. Sa chute ne fit qu’augmenter la gaieté générale; Jean riait aux éclats, étendu tout de son long sur l’herbe; Marguerite, tombée de son côté, riait le nez sur la semelle de Jean. Leur ridicule attitude faisait rire aux larmes Sophie, maintenue par Camille et Madeleine, qui se roulaient à force de rire. L’air brave de Léon redoubla leur gaieté. Il se tenait debout auprès des poissons et demandait de temps en temps d’un air mécontent: «Aurez-vous bientôt fini? En avez-vous encore pour longtemps?»