София Сегюр – Les vacances / Каникулы. Книга для чтения на французском языке (страница 2)
Et pourquoi veux-tu avoir Marguerite pour toi tout seul? Nous voulons aussi l’avoir; quand nous pêcherons, elle viendra avec nous.
Vous êtes déjà cinq! Laissez-moi ma chère Marguerite pour m’aider à arranger mes papillons…
Écoute, Jacques. Je t’aiderai pendant une heure; ensuite nous irons pêcher avec Léon.»
Jacques grogna un peu. Léon et Jean se moquèrent de lui. Camille et Madeleine l’embrassèrent et lui firent comprendre[11] qu’il ne fallait pas être égoïste, qu’il fallait être bon camarade et sacrifier quelquefois son plaisir à celui des autres. Jacques avoua qu’il avait tort, et il promit de faire tout ce que voudrait sa petite amie Marguerite.
Le goûter était fini; les enfants demandèrent la permission d’aller se promener et partirent en courant à qui arriverait le plus vite au jardin de Camille et de Madeleine. Ils le trouvèrent plein de fleurs, très bien bêché et bien cultivé.
Il vous manque une petite cabane pour mettre vos outils, et une autre pour vous mettre à l’abri de la pluie, du soleil et du vent.
C’est vrai, mais nous n’avons jamais pu réussir à en faire une; nous ne sommes pas assez fortes.
Eh bien, pendant que nous sommes ici, Jean et moi nous bâtirons une maison.
Et moi aussi, j’en bâtirai une pour Marguerite et pour moi.
Ha! ha! ha! Voilà un fameux ouvrier! Est-ce que tu sauras comment t’y prendre?
Oui, je le saurai, et je la ferai.
Nous t’aiderons, mon petit Jacques, et je suis bien sûre que Léon et Jean t’aideront aussi.
Je veux bien que tu m’aides, toi, Madeleine, et Camille aussi, et Sophie aussi; mais je ne veux pas de Léon, il est trop moqueur.
Et moi, Jacques, Ta Grandeur voudra-t-elle accepter mon aide?
Non, monsieur, je ne veux pas de toi non plus; je veux te montrer que Ma Grandeur est bien assez puissante pour se passer de toi[12].
Mais comment feras-tu, mon pauvre Jacques, pour atteindre au haut d’une maison assez grande pour nous tenir tous?
Vous verrez, vous verrez; laissez-moi faire: j’ai mon idée.»
Et il dit quelques mots à l’oreille de Marguerite, qui se mit à rire et lui répondit bas aussi:
«Très bien, très bien, ne leur dis rien jusqu’à ce que ce soit fini.»
Les enfants continuèrent leur promenade; on mena les cousins au potager, où ils passèrent en revue tous les fruits, mais sans y toucher, puis à la ferme, où ils visitèrent la vacherie, la bergerie, le poulailler, la laiterie; ils étaient tous heureux; ils riaient, ils couraient, grimpant sur des arbres, sautant des fossés, cueillant des fleurs pour en faire des bouquets qu’ils offraient à leurs cousines et à leurs amies. Jacques donnait les siens à Marguerite. Ceux de Jean étaient pour Madeleine et Sophie; Léon réservait les siens à Camille. Ils ne rentrèrent que pour dîner. La promenade leur avait donné bon appétit; ils mangèrent à effrayer leurs parents. Le dîner fut très gai. Aucun d’eux n’avait peur de ses parents: pères, mères, enfants riaient et causaient gaiement. Après le dîner, on fit tous ensemble une promenade dans les champs, et l’on rapporta une quantité de bluets[13]; le reste de la soirée se passa à faire des couronnes pour les demoiselles; Léon, Jean, Jacques aidaient; ils coupaient les queues trop longues, préparaient le fil, cherchaient les plus beaux bluets. Enfin arriva l’heure du coucher des plus jeunes. Sophie, Marguerite et Jacques, puis des plus grands, et enfin l’heure du repos pour les parents. Le lendemain on devait commencer les cabanes, attraper des papillons, pêcher à la pièce d’eau, lire, travailler, se promener; il y avait de l’occupation pour vingt-quatre heures au moins.
II. Les cabanes
Les enfants étaient en vacances, et tous avaient congé; les papas et les mamans avaient déclaré que, pendant six semaines, chacun ferait ce qu’il voudrait du matin au soir, sauf deux heures réservées au travail.
Le lendemain de l’arrivée des cousins, on s’éveilla de grand matin[14].
Marguerite sortit sa tête de dessous sa couverture et appela Sophie, qui dormait profondément; Sophie se réveilla en sursaut et se frotta les yeux.
«Quoi? qu’est-ce? Faut-il partir? Attends, je viens.»
En disant ces mots, elle retomba endormie sur son oreiller.
Marguerite allait recommencer, lorsque la bonne, qui couchait près d’elle, lui dit:
«Taisez-vous donc, mademoiselle Marguerite; laissez-nous dormir; il n’est pas encore cinq heures; c’est trop tôt pour se lever.
Dieu! que la nuit est longue aujourd’hui! quel ennui de dormir!»
Et, tout en songeant aux cabanes et aux plaisirs de la journée, elle aussi se rendormit.
Camille et Madeleine, éveillées depuis longtemps, attendaient patiemment que la pendule sonnât sept heures et leur permît de se lever sans déranger leur bonne, Elisa, qui, n’ayant pas de cabane à construire, dormait paisiblement.
Léon et Jean s’étaient éveillés et levés à six heures; ils finissaient leur toilette et leur prière lorsque leurs cousines se levaient.
Jacques avait eu, avant de se coucher, une conversation à voix basse avec son père et Marguerite; on les voyait causer avec animation; on les entendait rire; de temps en temps, Jacques sautait, battait des mains et embrassait son papa et Marguerite; mais ils ne voulurent dire à personne de quoi ils avaient parlé avec tant de chaleur et de gaieté. Le lendemain, quand Léon et Jean allèrent éveiller Jacques, ils trouvèrent la chambre vide.
Comment! déjà sorti! À quelle heure s’est-il donc levé?
Écoute donc; un premier jour de vacances on veut s’en donner des courses, des jeux, des promenades. Nous le retrouverons dans le jardin. En attendant mes cousines et nos amies, allons faire un tour à la ferme; nous déjeunerons avec du bon lait tout chaud et du pain bis.»
Jean approuva vivement ce projet; ils arrivèrent au moment où l’on finissait de traire les vaches[15]. La fermière, la mère Diart, les reçut avec empressement. Après les premières phrases de bonjour et de bienvenue, Léon demanda du lait et du pain bis[16].
La mère Diart s’empressa de les servir.
«Allons, la grosse, cria-t-elle à une lourde servante qui apportait deux seaux pleins de lait, donne du lait tout chaud à ces messieurs. Passe-le.... Plus vite donc! Est-elle pataude! Pardon, messieurs, elle n’est pas prompte, voyez-vous.... Pose tes seaux; j’aurai plus tôt fait que toi.... Cours chercher un pain dans la huche.... Voilà, messieurs; à votre service tout ce qu’il vous plaira de demander.»
Léon et Jean remercièrent la fermière et se mirent à manger avec délices ce bon lait tout chaud et ce pain de ménage, à peine sorti du four et tiède encore.
«Assez, assez, Jean, dit Léon. Si nous étouffons, nous ne serons plus bons à rien. N’oublie pas que nous avons nos cabanes à commencer. Nous aurons fini les nôtres avant que ce petit vantard de Jacques[17] ait pu seulement commencer la sienne.
Hé! hé! Je ne dis pas cela, moi. Jacques est fort; il est très vif et intelligent; il est résolu, et, quand il veut, il veut ferme.
Laisse donc! ne vas-tu pas croire qu’il saura faire une maison à lui tout seul, aidé seulement par Sophie et Marguerite?
Je n’en sais rien; nous verrons.
C’est tout vu d’avance, mon cher. Il fera chou blanc[18].
Ou chou pommé[19]. Tu verras, tu verras.
Ce que tu dis là est d’une niaiserie pommée. Ha! ha! Un petit gamin de sept ans architecte, maçon.
C’est bon! tu riras après; en attendant, viens chercher nos cousines; il va être huit heures.»
Ils coururent à la maison, allèrent frapper à la porte de leurs cousines, qui les attendaient et qui leur ouvrirent avec empressement. Ils se demandérent réciproquement des nouvelles de leur nuit, et descendirent pour courir à leur jardin et commencer leur cabane. En approchant, ils furent surpris d’entendre frapper comme si on clouait des planches.
Qui est-ce qui peut cogner dans notre jardin?
C’est sans doute[20] dans le bois.
Mais non, les coups semblent venir du jardin.
Ah! voici Marguerite; elle nous dira ce que c’est.»
Au même instant, Marguerite cria très haut: «Léon, Jean, bonjour; Sophie et Jacques sont avec moi.
– Ne crie donc pas si fort, dit Jean en souriant, nous ne sommes pas sourds.»
Marguerite courut à eux, les arrêta pour les embrasser tous, puis ils prirent le chemin qui menait au jardin, en tournant un peu court dans le bois.
Quelle ne fut pas leur surprise en voyant Jacques, le pauvre petit Jacques, armé d’un lourd maillet et clouant des planches aux piquets qui formaient les quatre coins de sa cabane. Sophie l’aidait en soutenant les planches.
Jacques avait très bien choisi l’emplacement de sa maisonnette; il l’avait adossé à des noisetiers qui formaient un buisson très épais et qui l’abritaient d’un soleil trop ardent. Mais ce qui causa aux cousins une vive surprise, ce fut la promptitude du travail de Jacques et la force et l’adresse avec lesquelles il avait placé et enfoncé les gros piquets qui devaient recevoir les planches avec lesquelles il formait les murs. La porte et une fenêtre étaient déjà indiquées par des piquets pareils à ceux qui faisaient les coins de la maison.
Ils s’étaient arrêtés tous quatre; leur étonnement se peignait si bien sur leurs figures que Jacques, Marguerite et Sophie ne purent s’empêcher de sourire, puis d’éclater de rire. Jacques jeta son maillet à terre pour rire plus à son aise.