София Сегюр – Les vacances / Каникулы. Книга для чтения на французском языке (страница 8)
Pauvre Sophie, cette forêt nous est fatale.
Voilà Sophie bien remise de sa frayeur, et nous voilà tous rassurés sur compte; je demande maintenant qu’elle nous explique comment cet accident est arrivé.
C’est vrai, on était convenu de ne pas grimper aux arbres.
Je voulais… me cacher mieux que les autres. Je m’étais mise derrière ce gros chêne, pensant que je tournerais autour et qu’on ne me trouverait pas.
Ah! par exemple! j’ai pris Madeleine, et puis Léon, qui avaient voulu aussi tourner autour d’un gros arbre.
C’est précisément parce que je vous voyais de loin prendre Madeleine et Léon, que j’ai pensé à trouver une meilleure cachette. Les branches de l’arbre étaient très basses; j’ai grimpé de branche en branche.
C’est-à-dire que tu as triché.
Et que le bon Dieu t’a punie.
Hélas oui! le bon Dieu m’a punie. De branche en branche j’étais arrivée à un endroit où le tronc de l’arbre se séparait en plusieurs grosses branches; il y avait au milieu un creux couvert de feuilles sèches; j’ai pensé que j’y serais très bien. Je suis montée dans je creux; au moment où j’y ai posé mes pieds, j’ai senti l’écorce et les feuilles sèches s’enfoncer sous moi[77], et, avant que j’aie pu m’accrocher aux branches, je me suis sentie descendre jusqu’au fond de l’arbre. J’ai crié, mais ma voix était étouffée par la frayeur, puis par la profondeur du trou où j’étais tombée.
Pauvre Sophie, quelle horreur, quelle angoisse tu as dû éprouver!
J’étais à moitié morte de peur[78]. Je croyais qu’on ne me trouverait jamais, car je sentais combien ma voix était sourde et affaiblie. Je pris courage pourtant quand j’entendis appeler de tous côtés; je redoublai d’efforts pour crier, mais j’entendais passer[79] près de l’arbre où j’étais tombée, et je sentais bien qu’on ne m’entendait pas. Enfin, notre cher et courageux Jean m’a entendue, et m’a sauvée avec l’aide de mon petit Jacques....
Et c’est lui qui a eu l’idée de nouer les deux vestes ensemble. – C’est un vrai petit lion, dit Madeleine en l’embrassant.
Plutôt un écureuil, en raison de son agilité à grimper aux arbres.
Chacun a son genre d’agilité: les uns grimpent aux arbres comme des écureuils au risque de se tuer; les autres courent comme des lapins de peur de se tuer.
Marguerite, Marguerite! Prends garde![80]
Mais, maman, Léon veut diminuer le mérite de Jacques, et lui-même pourtant trouvait dangereux d’aller au secours de la pauvre Sophie.
Il fallait bien que quelqu’un allât chercher des cordes.
Avec cela qu’elle a bien servi, ta corde!
Voyons, enfants, ne vous disputez pas; ne vous laissez pas aller, toi, Léon, à la jalousie, toi, Marguerite, à la colère, et remercions Dieu d’avoir tiré la pauvre Sophie du danger où elle s’était mise par sa faute. Rentrons à la maison; il est tard, et nous avons tous besoin de repos.»
Tout le monde se leva et l’on se dirigea vers la maison, tout en causant vivement des événements de la matinée.
IV. Biribi
Madame de Fleurville avait un chien de garde que les enfants avaient élevé, et qui s’appelait Biribi; ce nom lui avait été donné par Marguerite et Jacques. Le chien avait deux ans; il était grand, fort, de la race des chiens des Pyrénées, qui se battent contre les ours des montagnes; il était très doux avec les gens de la maison et avec les enfants, qui jouaient souvent avec lui, qui l’attelaient à une petite charrette, et le tourmentaient à force de caresses; jamais Biribi n’avait donné un coup de dents ni un coup de griffes.
Un jour, M. de Traypi annonça aux enfants qu’il allait voir laver[81] son chien de chasse, Milord, dans de l’eau d’aloès[82].
«Voulez-vous venir avec moi, mes enfants? Vous nous aiderez à laver et à essuyer Milord.
– Oui, papa; oui, mon oncle; oui, monsieur», répondirent ensemble tous les enfants.
Ils abandonnèrent Biribi, qu’ils allaient atteler à une voiture de poupée[83], et ils coururent avec M. de Traypi à la buanderie (endroit où on fait les lessives) pour voir laver Milord. Un baquet plein d’une eau tiède et rougeâtre attendait Milord, qui n’avait pas du tout l’air satisfait de se trouver là. Quand M. de Traypi entra, le pauvre Milord voulut courir à lui; mais le cocher et le garde le tenaient chacun par une oreille pour l’empêcher de se sauver[84], et il fut obligé de rester près du baquet, attendant le moment où on le plongerait dedans.
«Allons, Milord, dit M. de Traypi, saute là-dedans, saute.»
Et il aida à sa bonne volonté en l’enlevant par la peau du cou. Le chien s’élança dans le baquet, éclaboussant tous ceux qui se trouvaient près de lui. Madeleine et Marguerite, qui étaient en avant, furent les plus mouillées; un éclat de rire général accompagna ce premier exploit de Milord; M. de Traypi était inondé.
«Ah bas! dit-il, nous nous changerons[85] en rentrant; profitons de ce que nous sommes déjà mouillés pour laver M. Milord bien à fond[86].»
Tous les enfants s’y mirent; chacun contribua au supplice de Milord, l’un en lui plongeant le nez, l’autre en lui enfonçant la queue, le troisième en lui inondant les oreilles.
Le pauvre Milord se laissait faire; il avait l’air malheureux; de temps en temps il léchait une main qui l’avait inondé, comme pour demander grâce.
«Pauvre chien! dit Jacques. Papa, laissez-le sortir, je vous en prie: il me fait pitité.
Il n’est pas encore mouillé jusqu’au fond des poils; arrose-le, au lieu de le plaindre.
Mais pourquoi lui faites-vous prendre ce bain[87], monsieur? Il était très propre.
C’est pour faire mourir ses puces[88]: il en est rempli.
L’eau fait mourir les puces, mon oncle?
L’eau mêlée de poudre d’aloès les tue tout de suite.
Ah! que c’est drôle! Je ne savais pas cela.
Et faut-il beaucoup de poudre, mon oncle?
Non; un petit paquet de 5 grammes dans chaque litre d’eau.
Quand je serai grand, je ferai laver mes chevaux[89] dans l’eau d’aloès.»
Tout le monde se mit à rire.
Les chevaux n’ont jamais de puces, nigaud.
Mais s’ils n’ont pas de puces, ils ont des mouches qui les piquent, et je pense que l’aloès peut tuer les mouches comme il tue les puces.
Je ne peux pas te le dire, je n’ai jamais essayé. Tu penses bien qu’il ne serait pas facile d’avoir un baquet assez grand pour baigner un cheval; et, quand même on l’aurait, les mouches se sauveraient et n’auraient pas la bêtise de se faire noyer[90] quand elles peuvent s’envoler.
Et puis, comment le ferait-on entrer dans le baquet?
Ce ne serait pas moi qui m’en chargerais, toujours.»
Pendant cette conversation, Milord avait fini son bain.
On était en train de l’essuyer. Puis on le laissa se sécher plus complètement au soleil; on vida l’eau du baquet, et tout le monde sortit en fermant la porte de la buanderie. On ne pensa plus à Milord; les enfants voulurent reprendre Biribi pour continuer leur jeu, mais Biribi avait profité de sa liberté pour s’en aller; on l’appela, on le chercha, et, ne le trouvant pas, on s’en passa.
Le lendemain, le garde vint dire à Mme de Fleurville que Biribi ne se retrouvait pas.
Oh! le pauvre Biribi! où peut-il être?
Il est probablement allé visiter quelques amis[91] dans les environs. Il faudra que vous alliez le chercher, Nicaise.
Oui, madame; mais j’ai déjà fait un tour ce matin, et personne ne l’avait vu.
Ma tante, si vous permettez, nous irons après déjeuner au Val, à la Clémandière, à la Fourlière, à Bois-Thorel, au Sapin, dans tous les viiages enfin où nous pourrions le trouver.
Certainement, allez-y, mes enfants! Nicaise vous accompagnera; mais il faut demander la permission à vos papas et à vos mamans, pour qu’ils ne s’inquiètent pas de votre absence.
Il faudra emporter des provisions pour le goûter.
C’est inutile; nous demanderons à manger à Mme Harel, au débit de tabac[92], ou bien à M. le curé.
D’ailleurs, partout où nous serons, on nous donnera du pain et du cidre.
Ce sera bien amusant; nous causerons partout un petit peu, et nous nous reposerons.
Il faudra partir tout de suite après déjeuner.
Oui, mais demandons d’abord la permission.»
Tous les enfants, excepté Camille, Madeleine et Sophie, qui avaient déjà leur permission, allèrent trouver leurs parents, et obtinrent sans peine leur consentement pour cette longue excursion.
«Papa, dit Jacques à l’oreille de M. de Traypi, venez avec nous: ce sera bien plus amusant.
– Pour toi, mon bon Jacques, répondit M. de Traypi en l’embrassant, mais pas pour les autres, que je gênerais un peu.
Oh! papa, vous êtes si bon! vous ne pouvez gêner personne.