реклама
Бургер менюБургер меню

Александр Дюма – Les Trois Mousquetaires / Три мушкетера (страница 36)

18

« Qu’il vienne alors, qu’il vienne ! » dit vivement Richelieu.

L’officier s’élança hors de l’appartement, avec cette rapidité que mettaient d’ordinaire tous les serviteurs du cardinal à lui obéir.

« À Votre Éminence ! » murmurait Bonacieux en roulant des yeux égarés.

Cinq secondes ne s’étaient pas écoulées depuis la disparition de l’officier, que la porte s’ouvrit et qu’un nouveau personnage entra.

« C’est lui, s’écria Bonacieux.

– Qui lui ? demanda le cardinal.

– Celui qui m’a enlevé ma femme. »

Le cardinal sonna une seconde fois. L’officier reparut.

« Remettez cet homme aux mains de ses deux gardes, et qu’il attende que je le rappelle devant moi.

– Non, Monseigneur ! non, ce n’est pas lui ! s’écria Bonacieux ; non, je m’étais trompé : c’est un autre qui ne lui ressemble pas du tout ! Monsieur est un honnête homme.

– Emmenez cet imbécile ! » dit le cardinal.

L’officier prit Bonacieux sous le bras, et le reconduisit dans l’antichambre où il trouva ses deux gardes.

Le nouveau personnage qu’on venait d’introduire suivit des yeux avec impatience Bonacieux jusqu’à ce qu’il fût sorti, et dès que la porte se fut refermée sur lui :

« Ils se sont vus, dit-il en s’approchant vivement du cardinal.

– Qui ? demanda Son Éminence.

– Elle et lui.

– La reine et le duc ? s’écria Richelieu.

– Oui.

– Et où cela ?

– Au Louvre.

– Vous en êtes sûr ?

– Parfaitement sûr.

– Qui vous l’a dit ?

– Mme de Lannoy, qui est toute à Votre Éminence, comme vous le savez.

– Pourquoi ne l’a-t-elle pas dit plus tôt ?

– Soit hasard, soit défiance, la reine a fait coucher Mme de Fargis dans sa chambre, et l’a gardée toute la journée.

– C’est bien, nous sommes battus. Tâchons de prendre notre revanche.

– Je vous y aiderai de toute mon âme, Monseigneur, soyez tranquille.

– Comment cela s’est-il passé ?

– À minuit et demi, la reine était avec ses femmes…

– Où cela ?

– Dans sa chambre à coucher…

– Bien.

– Lorsqu’on est venu lui remettre un mouchoir de la part de sa dame de lingerie…

– Après ?

– Aussitôt la reine a manifesté une grande émotion, et, malgré le rouge dont elle avait le visage couvert, elle a pâli.

– Après ! après !

– Cependant, elle s’est levée, et d’une voix altérée : « Mesdames, a-t-elle dit, attendez-moi dix minutes, puis je reviens. » Et elle a ouvert la porte de son alcôve, puis elle est sortie.

– Pourquoi Mme de Lannoy n’est-elle pas venue vous prévenir à l’instant même ?

– Rien n’était bien certain encore ; d’ailleurs, la reine avait dit : « Mesdames, attendez-moi » ; et elle n’osait désobéir à la reine.

– Et combien de temps la reine est-elle restée hors de la chambre ?

– Trois quarts d’heure.

– Aucune de ses femmes ne l’accompagnait ?

– Doña Estefania seulement.

– Et elle est rentrée ensuite ?

– Oui, mais pour prendre un petit coffret de bois de rose à son chiffre, et sortir aussitôt.

– Et quand elle est rentrée, plus tard, a-t-elle rapporté le coffret ?

– Non.

– Mme de Lannoy savait-elle ce qu’il y avait dans ce coffret ?

– Oui : les ferrets en diamants que Sa Majesté a donnés à la reine.

– Et elle est rentrée sans ce coffret ?

– Oui.

– L’opinion de Mme de Lannoy est qu’elle les a remis alors à Buckingham ?

– Elle en est sûre.

– Comment cela ?

– Pendant la journée, Mme de Lannoy, en sa qualité de dame d’atour de la reine, a cherché ce coffret, a paru inquiète de ne pas le trouver et a fini par en demander des nouvelles à la reine.

– Et alors, la reine… ?

– La reine est devenue fort rouge et a répondu qu’ayant brisé la veille un de ses ferrets, elle l’avait envoyé raccommoder chez son orfèvre.

– Il faut y passer et s’assurer si la chose est vraie ou non.

– J’y suis passé.

– Eh bien, l’orfèvre ?

– L’orfèvre n’a entendu parler de rien.

– Bien ! bien ! Rochefort, tout n’est pas perdu, et peut-être… peut-être tout est-il pour le mieux !

– Le fait est que je ne doute pas que le génie de Votre Éminence…

– Ne répare les bêtises de mon agent, n’est-ce pas ?